CAMILLE, TU VEUX PAS UNE BOULE VANILLE?

C’est l’été, il fait chaud (au moins à Marseille) et on mange des glaces. En Indonésie aussi on mange des glaces et on en a mangé pas mal pour procurer sa matière première à l’architecte Florian Heinzelmann!

Ce jeune architecte d’origine allemande a remarqué au fil de ses voyages en Indonésie que beaucoup de villages manquent d’un espace commun. En s’appuyant sur son agence de design Shau basée au Pays Bas il a donc décidé de créer une petite bibliothèque communale dans le village de Bandung. Il souhaitait offrir aux villageois un espace pour se réunir, aux jeunes un moyen de découvrir la littérature et à tout le monde un lieu pour bouquiner paisiblement et passer un temps agréable ensemble.

2000 conteneurs de crème glacée étaient nécessaire pour construire un très joli bâtiment aux lignes épurées. Utiliser ces récipients était pour Florian Heinzelmann aussi un moyen pour démontrer que l’on peut, non doit!, réutiliser des déchets plastiques qui représentent en Indonésie comme partout un vrai fléau pour l’environnement.

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Utilisant les fonds et les ouvertures des conteneurs comme un langage informatique (les fonds correspondent à 1 et les hauts à 0) il a inscrit sur les murs en code binaire « Books are the windows to the world » (Livres sont des fenêtres sur le monde).

Après avoir monté un escalier on arrive dans la bibliothèque avec ses étagères et bancs en bois tandis que les murs dont le plastique est semi transparent laissent filtrer la lumière du jour créant une ambiance apaisante et douce.

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Temps de quitter l’Indonésie et d’aller chez Vanille Noire pour manger un sorbet au gingembre 🙂

DESIGN POUR RÉFUGIÉS

Ils ont tout ou presque tout perdu. Ils ont laissé derrière eux leurs maisons, leurs affaires, leurs souvenirs, souvent leurs familles et leurs amis. Ils s’embarquent au péril de leur vie dans un petit canoë précaire et échouent – s’ils ne se sont pas noyés en route – sur des plages en Grèce pour continuer de là leur éprouvant périple vers une vie plus paisible. Sur la plage restent les vestiges de leur passage: des zodiac abimés et des gilets de sauvetage dessinant une bande orangée…

Ce qui s’est souvent perdu lors du voyage ou ne tient plus, c’est les bagages, les sacs, valises et autres baluchons contenant le peu que l’on a pu emporter.

Deux initiatives prennent les choses en main. Des bénévoles hollandais, touchés par ce qu’ils ont vu à Lesbos et ailleurs, ont organisé des ateliers pour apprendre aux réfugiés comment fabriquer des sacs simples, solides et imperméables à partir de sangles des gilets et des coques en plastique des bateaux. Trois outils est tout dont on a besoin: des ciseaux, une poinçonneuse et une riveteuse!

Un autre projet dans le même esprit et en utilisant les mêmes matières premières est en train de se monter à l’aide d’un financement participatif sur Indigogo: NoBorders Backpack. Le collectif « Embassy for the Displaced », dont l’objectif est de développer des solutions pour les migrants, et qui est basé entre Londres, Athènes et Lesbos – où en hiver arrive un millier de personnes par jour (et encore bien plus en été) – souhaite établir une petite production de sacs à dos dans le camp de réfugiés autogéré à Mytilène. Les sommes récoltées serviront à acheter trois machines à coudre, du fil et des cordes élastiques, de verser un petit salaire aux locaux qui travaillent dans cette structure et aussi de développer d’autres produits pour les réfugiés.

Face au désespoir mais aussi au courage des gens qui sont forcés à quitter tout et se trouvent confrontés à l’hostilité de certaines franges de la population européenne tout comme à l’incapacité des gouvernements et institutions de gérer correctement et avec empathie cette crise il est à la société civile de se mobiliser – et heureusement elle le fait comme le prouvent des projets et initiatives un peu partout!

SEMEZ UN CRAYON

Le professeur du « product design » qui a lancé à ses élèves du MIT, le prestigieux Massachusetts Institute of Technology, le défi de développer des fournitures de bureau « écofriendly » ne s’est peut-être pas attendu qu’un de ces produits va devenir un tel succès!

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Trois élèves ingénieur, dont Mario Bollini, ont alors imaginé « Sprout – le crayon qui donne vie à une plante ». Ce crayon fabriqué en bois de cèdre et sans plomb ni d’autres polluants se termine en un capuchon biodégradable contenant 3 graines. Une fois le crayon devenu trop petit pour être utilisé correctement, on le plante tout simplement dans un pot, l’arrose et une plante – généralement comestible – germera: parmi les 18 plantes disponibles, il y a des tomates cerises, du persil, du basilic, des radis, du coriandre, du myosotis….

Après avoir quitté le MIT, Mario Bollini a donc créé en 2012 son entreprise avec l’aide d’un financement participatif qui a engrangé 150% de la somme demandé dans un temps record et depuis plus d’un million de ces crayons ont été vendus en Europe.

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Quelques faits amusants: c’est le crayon « basilic » qui pousse le plus vite, les pétales des tournesols sont comestibles, le Vatican utilise le Sprout tout comme le gouvernement français…

On peut commander le Sprout par internet en France sur Bowigo, à la Boutique Pompon ou à Petite Planète.

Un mot encore sur Mario Bollini: il est aussi le fondateur de GRIT (« Technology for people by people ») où il commercialise un fauteuil roulant tout terrain qu’il a conçu mais également le « père » d’un robot capable de faire des cookies tout seul….

BÂCHE DEVIENT SAC DEVIENT BÂCHE DEVIENT…

Quatre frères, Frank et Patrik Riklin, artistes suisses déjantés et Markus et Daniel Freitag, graphistes et fabricants de sacs cultes ont investi ensemble le Musée de Design et d’Arts appliqués Contemporains (MUDAC) de Lausanne pour l’exposition  » Freitag ad absurdum ».

Les quatre frangins partagent une attitude commune sur les thèmes importants pour nos sociétés tels que l’exploitation des ressources et les façons d’interaction sociale dans l’espace public.

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L’histoire de l’entreprise des frères Freitag débute en 1993 quand ils cherchent un sac solide et étanche pour les accompagner lors de leurs déplacements en vélo, souvent sous la pluie. C’est les bâches des camions colorées qui leur tapent à l’oeil et semblent prédestinées à leur usage. Ils découpent alors un sac messager dans une bâche récupérée, y ajoutent une vieille ceinture de sécurité comme bandoulière et utilisent des chambres à air de vélo pour les coutures. Aujourd’hui ils emploient 160 personnes dans la production de toute une gamme de sacs dans le même esprit – 300.000 unités par an qui recyclent 300 tonnes de bâches, 15.000 chambres à air de vélo et 130.000 ceintures de sécurité! Une « success story »  à la Suisse!

Pour le Musée les frères Riklin ont fait appel aux usagers des sacs des frères Freitag pour leur proposer une action qui pousse jusqu’à l’absurde le processus: les sacs usés sont récoltés et transformés à nouveau en bâche pour camion. Cette bâche est à son tour transformée à nouveau pour en faire des objets insolites: une exagération ironique du recyclage à l’infini et un manifeste sur notre société de consommation.

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(c) Friklin

L’expo est encore visible à Lausanne jusqu’à la fin du mois de février

D’ICI À L’AU-DELÀ

On est écologiquement responsable ou on ne l’est pas et ceci ne devrait pas se terminer le jour de notre trépas! Des solutions existent pour rester fidèle à ses convictions et ne pas polluer notre terre en la quittant. Le choix n’est pourtant pas facile: l’enterrement conventionnel prévoit un cercueil donc de gaspiller de bois et d’employer de produits toxiques tandis que la crémation libère du dioxyde de charbon…

C’était à l’université de Stanford à l’école du design que le chemin de Jae Rhim Lee et de Mike Ma se sont croisés. Marqués tous les deux par des deuils récents dans leurs familles respectives ils ont commencé à réfléchir sur certains aspects des funérailles. En 2011 ils ont créé à New York leur entreprise Coeio, une start-up pour enterrements écologiques. Le produit vedette – qui sera disponible à partir de cette année pour environ 1.000 $ – est le « Infinity Burial Suit ». Cette combinaison,  développée avec des créateurs de mode, est brodée avec un fil spécial imbibé de spores de champignons. Une fois enterré le mort habillé de sa dernière chemise, les champignons aideront à purifier le corps de ses toxines et de retourner doucement mais plus rapidement à la terre.

This technology speeds the return to earth through decomposition, it remediates toxins we accumulate over a lifetime, and it speeds nutrient delivery back to plants.

infinityUne version plus simple – une sorte de sac – pour animaux domestiques est déjà commercialisée.

Pour ceux qui préfèrent l’incinération, Urna Bios a de son côté comme objectif de transformer les cimetières en forêts. L’entreprise propose des urnes bios3lfabriquées en matériaux biodégradables (fibre de noix de coco, tourbe compressée, cellulose) à enterrer. Dans l’urne on met hormis les cendres la graine d’un arbre au choix: hêtre, pin, chêne ou érable. Le tout pour un coût modique d’environ 170 €.

 

En France aussi on peut opter pour une urne biodégradable, on peut même dire que c’est très tendance! Ces urnes – personnalisables – se prêtent parfaitement à l’enterrement mais aussi à l’immersion pour ceux qui ont demandé que leurs cendres se dispersent dans la mer.

Pour se faire une idée de l’impact environnemental de nos rites funéraires – enterrement ou crémation – il est intéressant de regarder cette infographique même si elle concerne les États Unis.

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TRASHION OU LE « DUMPSTER CHIC »

Gary Harvey est Anglais, designer, créateur et était « creative director » chez Levi’s pendant plus de cinq ans avant de lancer ses propres collections. Boutiques de deuxième main, textiles, accessoires et objets qui s’accumulent dans les décharges, des vêtements portés une ou deux fois avant d’être jetés – tout cela a commencé à titiller son inspiration.

A la Fashion Week de Londres en 2007 Gary Harvey a montré pour la première fois sa collection de robes de soirée « upcycled ». Une trentaine d’exemplaires du Wall Street Journal pliés attachés à un corset rose saumon (comme la couleur du journal) transformés en robe de bal froufroutante n’était qu’un de ses succès. Pas mal non plus la jupe faite à partir de 18 trench coats…

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(c) Gary Harvey

The collection was initially set up to raise awareness of limited natural resources and environmental issues involved in placing unwanted clothing into landfill and generate respect for the craftsmanship in recycling/upcycling

Plus qu’une célébrité a pincé pour ce maître de la Trashion (Trash + Fashion) qui a su mélanger son immense talent de designer, un sens d’humour et de dérision typiquement anglais et un engagement écologique!

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(c) Gary Harvey – Robe en « sacs Tati »

Gary Harvey est d’ailleurs à côté de ses activités de designer consultant auprès du gouvernement britannique pour des questions concernant la réduction des déchets.

PIPI CACA

Désolée, j’espère que vous ne lisez pas ce poste en mangeant – quoi que… tout ce recycle!

27 litres d’eau, c’est à dire 20% de notre consommation globale quotidienne utilise en moyenne chacun d’entre nous en actionnant la chasse. De l’eau potable en plus! 59% des cours d’eau en France sont pollués, la sécheresse frappe de plus en plus fort et de plus en plus souvent… ceci a commencé à turlupiner deux jeunes montpelliérains, Benjamin et Bernard, son ami d’enfance. Ils ont donc imaginé un système circulaire et anti-gaspillage et créé la SCOP Ecosec qui rassemble aujourd’hui 5 jeunes gens motivés.

« Nous sommes partis du principe que la sciure ne marcherait pas en ville. Il fallait proposer un système simple et sans contrainte pour l’utilisateur », explique Charles, membre de la scop. Dans leurs toilettes : rien ne change donc. On entre, on officie, on « tire la chasse », sans eau, en appuyant sur une pédale qui anime un tapis roulant. Incliné celui-ci sépare l’urine (qui descend) du reste (qui monte).

Ces deux éléments sont ensuite récupérés pour être transformés en composte. L’urine par exemple qui contient du phosphate et de l’azote représente un nutriment précieux pour la croissance des végétaux. Au lieu de produire donc de l’engrais à partir de matières extraites du sol (dont le phosphate qui n’est pas renouvelable) dans des pays lointaines et ensuite l’acheminer jusqu’à nos campagnes, on peut en produire tous les jours nous mêmes tout naturellement! La valeur des urines français représente l’équivalent de 70 million d’euros par an dépensés pour acheter des engrais « industriels ».

Ecosec propose donc des toilettes publics, joliment conçues, équipées de panneaux solaires pour être autonomes et facilement démontables. Pour l’entretien la SCOP cherche la collaboration avec des associations qui s’occupent de personnes en réinsertion dont le boulot consistera à veiller au bon fonctionnement des cabines et à sensibiliser le public. Les WC,  faciles à utiliser de façon pérenne en ville sont aussi parfaitement adaptés pour des festivals, événements, paillotes éphémères etc. Ils faisaient évidemment aussi partie de la COP21!

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Pas de gaspillage d’eau, être autosuffisant en énergie, retourner les nutriments à la terre – difficile d’être plus complet. Bravo, les jeunes!!