BÂCHE DEVIENT SAC DEVIENT BÂCHE DEVIENT…

Quatre frères, Frank et Patrik Riklin, artistes suisses déjantés et Markus et Daniel Freitag, graphistes et fabricants de sacs cultes ont investi ensemble le Musée de Design et d’Arts appliqués Contemporains (MUDAC) de Lausanne pour l’exposition  » Freitag ad absurdum ».

Les quatre frangins partagent une attitude commune sur les thèmes importants pour nos sociétés tels que l’exploitation des ressources et les façons d’interaction sociale dans l’espace public.

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L’histoire de l’entreprise des frères Freitag débute en 1993 quand ils cherchent un sac solide et étanche pour les accompagner lors de leurs déplacements en vélo, souvent sous la pluie. C’est les bâches des camions colorées qui leur tapent à l’oeil et semblent prédestinées à leur usage. Ils découpent alors un sac messager dans une bâche récupérée, y ajoutent une vieille ceinture de sécurité comme bandoulière et utilisent des chambres à air de vélo pour les coutures. Aujourd’hui ils emploient 160 personnes dans la production de toute une gamme de sacs dans le même esprit – 300.000 unités par an qui recyclent 300 tonnes de bâches, 15.000 chambres à air de vélo et 130.000 ceintures de sécurité! Une « success story »  à la Suisse!

Pour le Musée les frères Riklin ont fait appel aux usagers des sacs des frères Freitag pour leur proposer une action qui pousse jusqu’à l’absurde le processus: les sacs usés sont récoltés et transformés à nouveau en bâche pour camion. Cette bâche est à son tour transformée à nouveau pour en faire des objets insolites: une exagération ironique du recyclage à l’infini et un manifeste sur notre société de consommation.

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(c) Friklin

L’expo est encore visible à Lausanne jusqu’à la fin du mois de février

UN PRESSENTIMENT D’APOCALYPSE

Nous nous croyons tous dans un monde globalisé: informations et actualités sont diffusées partout en l’espace de quelques secondes grâce à nos satellites et à Internet. Il en va tout autrement pour ce qui concerne l’un des plus grands problèmes écologiques actuels: la pollution de nos mers par le plastique. Pendant des décennies, subrepticement et silencieusement, d’énormes gyres de déchets se sont formés, dont le premier n’a été décrit qu’en 1997 par le capitaine Charles Moore. Durant l’été 2009 est paru dans Folio, le supplément mensuel de la NZZ (Neue Züricher Zeitung), un article impressionnant sur ce sujet: «Eine Ahnung von Apokalypse» (un pressentiment d’apocalypse). Depuis que je l’ai lu, je suis tourmenté. Je décide de consacrer une grande exposition à cette catastrophe. Sur la fin du design et sur ce que nous laisserons à nos enfants. Une exposition sur l’archéologie du futur.
(Christian Brändle, directeur du Museum für Gestaltung Zürich)

Et Christian Brändle l’a fait!

C’est en 2009 que son idée d’exposition, le Plastic Garbage Project, commence à prendre forme. Vu que la Suisse n’est quand même pas directement au bord de la mer, l’équipe cherche des partenariats et un an plus tard, en 2010, deux caisses remplies de plastiques flottantes arrivent de Hawaï, île particulièrement exposé à cette pollution suite aux courants prédominants. Les étudiants commencent alors un travaille scientifique habituellement réservé aux vestiges archéologiques pour déterminer les dégradations infligées par les vents, l’eau et les rayons UV sur ces objets.

En 2011 une coopération avec AWARE, une organisation internationale de plongeurs engagée pour la protection des requins et contre la pollution des océans, se met en place et une nouvelle campagne de ramassage  sur un petit îlot inhabité de Hawaï permet aux 30 participants de ramasser 4,6 tonnes de plastique en 4 jours. D’autres groupes envoient également leurs trouvailles de la mer Baltique, de l’océan Indien et de la mer du Nord. L’équipe du musée n’est pas en reste – selon les chiffres de l’Office fédéral de l’environnement chaque Suisse jette 120 kg de matières plastiques par an…

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Le musée réussit la même année à trouver un soutien de poids en la fondation Drosos qui permet alors à envisager une exposition itinérante de grande ampleur pour parler de cette problématique non seulement en Europe mais aussi dans le mode arabe. Le scénographe Alain Rappaport a en charge de développer une scénographie facilement modulable et transportable et le plus écologique possible. Sa scéno, évoquant quelque chose entre un radeau et un supermarché, se base sur des modules en palettes légers et pliables qui permettent à l’exposition de tenir dans un seul conteneur.

En février 2012 après un long voyage, après avoir traverser le canal de Panama, l’océan Atlantique et le Rhin les déchets de Hawaï arrivent à Zurich et le montage de l’exposition peut commencer.

Après une première à Zurich au Museum für Gestaltung, le Plastic Garbage Projet commence à parcourir le monde entre Aalborg au Danemark et Göteborg en Suède, Graz en Autriche et Vigo en Espagne, Hambourg en Allemagne et Tampere au Finlande, Alexandrie en Égypte et Amman en Jordanie, Casablanca au Maroc,  Beyrouth au Liban  jusqu’à Hongkong et… à Marseille!

La Villa Méditerranée accueille du 1er mars au 23 avril « La mer, destination finale? Projet sur les déchets plastiques« . L’exposition s’accompagne d’ateliers et de visites avec des partenaires comme la Surfrider Foundation ou #1pieceofrubbish etc. Le 18 mars et le 14 avril il y aura des tables rondes et le 21 avril une journée du film sur l’environnement.

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PLASTIC WORLD

Nous vivons dans un monde où les matières plastiques se trouvent un peu partout: jouets, ordinateurs, vêtements, emballages, voitures, casques de sécurité, ustensiles de cuisine, meubles, équipements sportifs – la liste est presque sans limites et tous les domaines de note vie sont concernés.zoom1

Mais qu’est ce que c’est exactement: une matière plastique? Comment et à partir de quoi est elle faite? Comment est elle utilisée, à quoi sert elle, où est elle irremplaçable? Et pourquoi est-ce que les déchets plastics sont devenus un tel problème pour notre environnement?

Le musée pour enfants « Kindermuseum Zoom » à Vienne en Autriche consacre 20151009_144528_resizedune exposition à cette thématique. Comme s’est d’usage dans ce musée ludique et pédagogique c’est une « hands-on exhibition », c’est à dire les enfants sont invités à mettre la main à la pâte, à to20151009_144512_resizeducher, expérimenter, jouer sous les yeux bienveillants des médiateurs. Et cela on ne leur dit pas deux fois! L’espace grouille d’enfants qui crient, courent, se déguisent, fouillent dans les objets mais sont aussi sagement 20151009_144142_resizedassis autour d’une table à confectionner des colliers inspirés par les chaînes moléculaires des plastiques, à essayer de ramasser quelques débris de plastiques à l’aide d’une pincette dans un petit bac à sables ou à essayer de lancer une bouteille vide dans un seau.

Les textes sont plus pour les parents et enseignants qui accompagnent mais les médiateurs font quand même passer le message principale aux petits têtes blondes et brunes: ON NE JETTE PAS LE PLASTIQUE, ON RECYCLE – et on eut aussi éviter d’en faire usage trop massivement.20151009_144651_resized

Plus sur l’expo est ici: http://www.kindermuseum.at/zoom_programmangebot/zoom_ausstellung/aktuelle_ausstellung_kunst_stoff_plastik

MÉMOIRE DES CORPS

« Je marche sur le rivage. J’arpente les grèves, cette frontière instable entre la mer et la terre, ce no-man’s land où s’inscrit le mouvement entre le soi et le monde. Ma collecte: des tissus échoués, chiffons abandonnés par la mer dans le sable, fragments de mémoire, vêtements élimés venus du large, vestiges d’un monde flottant. »

La marcheuse-collectionneuse c’est Cécile Borne qui a grandi sur les côtes bretonnes avant de suivre des études d’arts plastiques et de danse contemporaine à Paris et Londres. En 2000 elle retourne en Bretagne à Douarnenez où elle développe un travail autour de la mémoire et de création autour de tissus échoués. Son passé de chorégraphe se fait sentir quand elle donne corps aux vêtements et haillons de sa collection. http://cecile.borne.free.fr/accueil/index.html

photo Lionel Flageul

Le Port Musée de Douarnenez lui consacre une exposition, « Vestiaires », où ses créations flottent parmi les bateaux ou s’intègrent dans des dispositifs scénographiques en place. C’est mélancolique et beau, souvenirs éphémères de corps qui ont habité ces cirés et chemises, bandes de tissus, bouts d’étoffe devenus tableaux aux couleurs délicates…

« Vestiaires » jusqu’au 20 septembre au Port Musée de Douarnenez, place de l’Enfer, ouvert 10h-12h30 et 14h-18h, fermé le lundi – http://www.port-musee.org/