MANGE TA CUILLÈRE!

Voilà ce que les mamans indiennes peuvent maintenant dire à leurs gamins.

Les couverts jetables sont – curieusement – un des grands problèmes de déchets en Inde. Plastique est de toute façon un fléau dans un pays où les 60 grandes villes produisent  15.000 tonnes de déchets plastiques par jour. Ces déchets atterrissent ensuite dans les caniveaux qu’ils bouchent ce qui provoque des inondations…

Change is inevitable. Before this change can overtake and overwhelm us, we should be the instruents of change (Le changement est inévitable. Soyons les instruments de ce changement avant que celui-ci nous dépasse et nous écrase)

L’homme dont c’est la devise est Narayana Peesapathy. Chercheur à l’International Crops Research Institute for the Semi Arid Tropics (CRISAT) et à l’International Water Management Institut, collaborateur à l’Andhra Pradesh Water Land Tree Act, ce scientifique a décidé de créer son propre entreprise pour développer des solutions innovantes qui répondent aux problématiques environnementales croissantes. S’investir dans l’écologie n’est pour lui pas contradictoire avec un modèle économique profitable.

Sa société Bakeys a donc lancé des couverts comestibles. Les cuillères et fourchettes sont fabriqués à base de millet – une culture très économe en eau – de riz et de blé. Ni colorant, ni conservateur sont ajoutés mais des épices (sucre, gingembre, poivre, ail…) pour rendre les couverts agréables à manger.

Si toutefois un couvert n’est pas croqué mais jeté, il se décompose en moins d’une semaine, bien stocké il se garde pendant trois ans. Et oui, on peut aussi l’utiliser pour des liquides (sans les laisser tremper trop longtemps).

Alors pour nos piqueniques en été…. Chéri, tu me sers une petite cuillère au cumin pour l’apéro?

 

NOS ORDURES

Il n’est pas très tôt le matin. Je regarde de la fenêtre de mon appartement au 3e étage. Il y a une femme qui balaye le bout de la rue. Je la connais même si je ne sais pas son nom. Elle porte la blouse officielle de l’administration de Bangalore (BBMP) et elle collecte les ordures de chaque appartement dans l’immeuble. Parfois je la vois en passant à pied ou en voiture devant elle et je lui fais un signe de la main en souriant. Alors elle me sourit aussi. Un sourire magnifique, joyeux mais avec un petit air de gêne, comme si elle n’avait pas l’habitude que quelqu’un lui sourit, ne pas l’habitude d’être considérée comme un être humain par ceux qui habitent dans les appartements.

inde

Puis il y a une autre personne de la BBMP que je vois de mon troisième étage. Il arrive avec une petite camionnette ouverte pour ramasser les ordures de l’immeuble en face où il y a 24 appartements. L’immeuble dispose de trois grandes poubelles rondes, remplies à ras bord de toutes sortes de trucs collants – sacs en plastique pleins de déchets de cuisine, papier toilette, condoms, restes de curry pourries, poussière… Il plonge ses mains nues dans ces ordures de la classe moyenne et trie avec efficacité le bio-dégradable, les briques alimentaires, les sacs plastiques en putréfaction, les gobelets en polystyrène, les déchets recyclables.

Un homme de la classe moyenne qui habite l’immeuble le voit et fait une grimace de dégoût. Une dame avec un petit enfant passe devant lui en se bouchant le nez à cause de l’odeur pestilentielle. Et moi, propre et à bonne distance de la scène sur mon balcon du troisième étage me demande comment quelqu’un qui s’occupe de la merde des autres peut avoir un sourire si lumineux.

Shweta Taneja
(traduction: E.CK.)
In: Citizen Matters Bangalore, 02/02/2016