LE TRI À LA ROMAINE

Si l’on parle du problème des déchets en Italie, tous les regards se tournent généralement vers Naples. Mais Rome, capitale éternelle, connait aussi des déboires dans ce secteur. 5 million de déchets sont chaque jour produit et une bonne partie se trouve abandonnée dans les rues. Le ramassage des poubelles connait des défaillances et la conscience de la population concernant le tri est très peu développée. Rome se situe sur ce point tout en bas de la liste des villes italiennes. « Io lavoro » – je travaille – répond par exemple une femme dans cette vidéo à la question pourquoi elle ne trie pas, une jeune fille n’arrête pas à parler dans son téléphone avant de lancer qu’elle n’a rien à cirer de l’environnement tandis que les commerçants se renvoient la balle confrontés à des cagettes qui ne peuvent que venir d’un d’eux. Le constat est plutôt accablant….
Il n’est donc pas étonnant que parmi les grands dossiers auxquels la toute nouvelle mairesse de Rome, Virginia Raggi, a promis de s’attaquer figure le problème des déchets qui ternissent l’image de la ville et exaspèrent les habitants.

ÇA NE SENT PAS LE JASMIN

On se rappelle encore que la révolution tunisienne qui a déclenché le « Printemps arabe » – malheureusement devenu un hiver impitoyable dans d’autres pays – fut nommée « la révolution du jasmin ». Depuis la Tunisie est le seul pays qui a vu un gouvernement démocratique émerger et peut, grâce à une classe moyenne instruite et engagée, espérer à juguler les multiples dangers qui guettent encore ce renouveau.

Un de grands problèmes auquel le gouvernement doit s’atteler d’urgence est l’environnement. Une désorganisation des services administratifs après la chute de Ben Ali a eu des conséquences qui ont fortement impacté la qualité de vie des Tunisiens. Habib Essid, le Premier ministre en personne, en a convenu devant le parlement.

L’environnement est la première victime de la révolution», affirme le militant écologiste Abdelmajid Dabbar. Ainsi, dans les municipalités, le ramassage des déchets ne se fait plus de façon efficiente. De simples «délégations spéciales» ont été constituées après la révolution pour gérer les affaires courantes.

Et là où l’administration ne propose pas de solutions et n’en s’occupe que peu, un triste laisser-aller s’est généralisé. Des détritus jonchent les rues, les sacs plastiques – ce fléau du monde entier – défigurent les paysages, le recyclage n’est qu’un vœu pieux. Chaque année les 11 millions de Tunisiens produisent plus de 2 millions de tonnes de déchets. Environ 80% des déchets ménagers sont enfouis dans une quinzaine de sites qui sont arrivés à la limite de leurs capacités tandis que le reste se décompose (ou pas) dans des « décharges anarchiques » comme l’affirme le ministère de l’Environnement.

Si les administrations portent une part de responsabilité, «le citoyen est le premier responsable de la détérioration de la situation environnementale», accuse Abdelmajid Dabbar, cité par l’AFP.

Au début de l’année la photo d’une pelouse dans un parc « noyée » sous des sacs en plastique a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Près d’un milliard (!) de sacs en plastique – non recyclables – sont utilisés chaque année en Tunisie. Depuis le Parlement a passé une loi qui sanctionne le dépôt anarchique de déchets (de peines peuvent aller jusqu’à l’équivalent de 400 euros et même à des peines de prison de 3 mois!) et travaille sur une autre loi pour interdire la fabrication et la distribution des sacs plastiques non recyclables. Malgré ces décisions qui vont dans la bonne direction, les écologistes restent sceptiques. Face à d’autres problèmes considérés comme plus urgent – les attaques djihadistes et la lutte contre le terrorisme – l’environnement passe au second plan.

Et même si les nouvelles directives sont appliquées, il est tout aussi nécessaire de sensibiliser la population à ces sujets. Sur Facebook des groupes de citoyens engagés s’activent inlassablement pour changer les mentalités et convaincre les gens à participer à une meilleure gestion des déchets. Il y a par exemple le groupe « On a été embêté pour vous » :

Le groupe pour La Nouvelle Culture Citoyenne en Tunisie  » On a été embêté pour vous بدّل السّلوك تتبدّل العقلية  » est un un groupe sur réseaux sociaux, patriote, agissant pour changer les choses dans ce pays.

Le groupe en est à 10 éditions de l’action citoyenne mensuelle « Je nettoie ma rue et je la maintiens propre » au niveau national, et d’autres actions telles que  » Un arbre, un citoyen  » et  » Dénonçons les écoles à environnement sale « . Il a récemment produit sa première vidéo citoyenne de dénonciation des facultés sales et organisé deux actions spécifiques: « Je nettoie mon patrimoine  » et  » Je nettoie ma plage ». Un Challenge des Municipalités est en cours d’organisation et beaucoup d’autres actions suivront.

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Autre groupe FB qui ne cesse de (se) mobiliser s’appelle « Pour l’interdiction des sacs plastiques en Tunisie » et se décrit ainsi:

Ce groupe est dédié à l’écologie, tout particulièrement en Tunisie, et par le monde.
Il soulève les problèmes environnementaux, et propose des actions à mener.
Ce groupe ne représente aucun parti politique et est indépendant.
Sa 1ère action est ; l’interdiction des sacs plastiques sur tout le territoire Tunisien, d’autres suivront.
 La question des déchets et plus généralement de l’environnement a partout dans le monde besoin de deux axes d’untervention pour arriver à des solutions: une politique à long terme conscient des enjeux qui dépassent les périodes électorales tout comme des clivages gauche/droite et l’implication active de chaque citoyen responsable de ses pratiques et se sentant concerné directement.
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EUROPE VS. SACS EN PLASTIQUE

Partout en Europe (et ailleurs) les sacs en plastique posent un problème pour l’environnement et finalement pour la santé publique. Une riposte à ce fléau commence à se mettre en place et cela par différents moyens… Petit tour chez les voisins:

En  Tunisie aussi la guerre est déclarée aux sacs plastiques à utilisation unique – normalement ils seront interdits sous peu – et un groupe très actif sur Facebook se mobilise pour faire changer les mentalités en dénonçant l’incivisme.

Tout le monde peut participer à réduire ce déchet, même sans attendre lois et décrets!

LE MAÎTRE VER

Quand les Belges s’y mettent, ça décape… La preuve? Une vidéo complètement déjantée sur le compostage:

Après des années de lutte sans relâche contre l’incinération des déchets organiques, le grand maître Masterworm remet son titre en jeu. Seuls les deux MC’s, Maîtres-Composteurs, les plus vaillants de la capitale belge peuvent prétendre à la ceinture : MC Klik et MC Rien à Dire.
Une vidéo de ce Battle extraordinaire nous est parvenue, il est à présent de votre devoir de partager cet événement de l’underground de l’underground.

ÇA ROULE POUR LES POULES

Comme le jean, le jazz ou le fast food – l’idée nous vient de l’autre côté de l’Atlantique mais elle est en train de s’implanter de plus en plus. Je vous parle des poulaillers en ville, partagés ou individuels, soutenus par les Mairies ou initiative citoyenne.

L’idée semble sympathique et efficace pour nous débarrasser d’une bonne partie de nos ordures. Dans un cours pour potentiels aviculteurs urbains à Paris, les participants ont pourtant dû faire un peu de maths pour commencer la séance: une poule peut venir à bout d’environ 73 kg de déchets par an (il faut y ajouter quand même un peu de graines pour équilibrer le menu). Ceci faisant elle produit 90g (ou 0,2l) de fiente par jour. Une tonne de fiente contient 26kg d’azote et le sol peut en absorber 170 kg par hectare. Une poule doit disposer en bio d’au moins 4m2 et il faut aussi du terrain pour gamberger, et de la paille…On peut récolter 250-300 œufs pas an et par poule – quel est l’âge du capitaine?

Bref, la chose n’est pas si facile que ça. A côté d’un terrain assez grand et de la paille – ici on apprend que le mieux est de s’adresser à un agriculteur via une AMAP – il y a aussi les voisins. Eh oui, peut-être qu’eux sont moins portés sur l’agriculture urbaine et ne supportent pas des poules qui caquettent et éventuellement un coq qui chante (vous n’allez quand même pas vouloir broyer les poussins mâles!)

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Malgré toutes ces obstacles et difficultés, l’idée commence à faire son chemin. La ville de Bordeaux a installé des poulettes chez des adoptants, à Paris les ateliers sur l’élevage de poules font salle comble, on Allemagne les poules dans l’arrière cour sont pas rares. Après les ruches sur les toits, les jardins ouvriers partagés, les animaux domestiques sont en train d’accueillir dans leur rangs les gallinacés et de mettre en peu plus de campagne dans le béton urbain.

Les revues déco donnent désormais des conseils comment construire son poulailler design ou récup et les forums et conseils pullulent sur la toile. La poule est devenue « l’arme anti déchet » une sorte de super héros à nos côtés pour faire disparaitre les reliefs de nos repas. Alors si vous avez l’espace nécessaire et des voisins compréhensifs: adoptez une poule, sinon optez pour un rat (bizarre que personne n’a pas encore pensé à cette solution)!

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NOS ORDURES

Il n’est pas très tôt le matin. Je regarde de la fenêtre de mon appartement au 3e étage. Il y a une femme qui balaye le bout de la rue. Je la connais même si je ne sais pas son nom. Elle porte la blouse officielle de l’administration de Bangalore (BBMP) et elle collecte les ordures de chaque appartement dans l’immeuble. Parfois je la vois en passant à pied ou en voiture devant elle et je lui fais un signe de la main en souriant. Alors elle me sourit aussi. Un sourire magnifique, joyeux mais avec un petit air de gêne, comme si elle n’avait pas l’habitude que quelqu’un lui sourit, ne pas l’habitude d’être considérée comme un être humain par ceux qui habitent dans les appartements.

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Puis il y a une autre personne de la BBMP que je vois de mon troisième étage. Il arrive avec une petite camionnette ouverte pour ramasser les ordures de l’immeuble en face où il y a 24 appartements. L’immeuble dispose de trois grandes poubelles rondes, remplies à ras bord de toutes sortes de trucs collants – sacs en plastique pleins de déchets de cuisine, papier toilette, condoms, restes de curry pourries, poussière… Il plonge ses mains nues dans ces ordures de la classe moyenne et trie avec efficacité le bio-dégradable, les briques alimentaires, les sacs plastiques en putréfaction, les gobelets en polystyrène, les déchets recyclables.

Un homme de la classe moyenne qui habite l’immeuble le voit et fait une grimace de dégoût. Une dame avec un petit enfant passe devant lui en se bouchant le nez à cause de l’odeur pestilentielle. Et moi, propre et à bonne distance de la scène sur mon balcon du troisième étage me demande comment quelqu’un qui s’occupe de la merde des autres peut avoir un sourire si lumineux.

Shweta Taneja
(traduction: E.CK.)
In: Citizen Matters Bangalore, 02/02/2016

WASTE SIDE STORY

14 milliards d’euro coûte chaque année le traitement de nos déchets…. On n’a rien de mieux à faire avec cet argent??