LA BEAUTÉ DE L’IMPERFECTION

C’est à la fin du XVe siècle sous le règne du shogun Ashikaga Yoshimasa que l’ikebana – l’art d’arranger les fleurs -, le théâtre Nô ou le peinture à l’encre de Chine connaissent un âge d’or et l’esthétique japonaise connait un essor en mêlant le raffinement de la cour et la culture de la sobriété des samouraï.

La cérémonie du thé prend à l’époque une grande importance et quand le shogun casse son bol préféré, il l’envoie en Chine pour le faire réparer. Déçu quand il voit que la réparation avait été fait avec des  vilaines agrafes métalliques il donne l’ordre à des artisans locaux de trouver un moyen de réparation plus beau qui doit prendre en compte le passé d’un objet, son histoire et les accidents éventuels qu’il a pu connaitre. La céramique ou la porcelaine cassée ne doit pas signifier sa mise au rebut, mais bien au contraire un renouveau, le début d’un autre cycle et une continuité dans son utilisation.

La réparation ne se cache plus, bien au contraire elle devient élément essentielle de l’objet, lui confère une beauté particulière qui distinguera l’objet réparé, en fait un objet unique.

posude

Le procédé employé s’appelle « kintsugi » et adapte une technique utilisée traditionnellement par des artisans laqueurs japonais. Si l’on n’utilise pas de la laque d’or mais de l’argent le nom change en « gintsugi ». Un mélange de laque (ou résine) et de la poudre d’or est employé pour attacher des morceaux ensemble ou boucher des trous. Quand un grand morceaux manque et ne peut plus être remplacé ceci peut se faire par de l’or pur ou un mélange d’or et de laque, mais l’artiste/artisan peut aussi essayer de trouver une pièce qui ne correspond que par la forme pour créer un effet de « patchwork ».

Kintsugi est est lié au « wabi-sabi » un concept qui met en valeur des marques d’usure ou d’accidents. On ne cherche pas la perfection, l’impeccable mais souligne encore l’absence d’un morceaux et la réparation survenue. Il semble que certains collectionneurs sont tellement épris de ces objets qu’ils brisent volontairement des porcelaines ou céramiques précieuses pour pouvoir ensuite les faire réparer au style « kintsugi…

PAMPERS & CO.

20 milliards de couches culottes sont jetées chaque année dans le monde. En France cela représente 1 million de tonnes ou 9% de nos déchets ménagers. Et les chiffres vont encore grimper suite au vieillissement de la population….

Au Japon le marché des couches culottes pour adultes a quadruplé en 5 ans et a surpassé celui des couches pour bébés. 600.000 t atterrissent dans les décharges nippons où elles sont soit brûlées en dégageant du dioxine de carbone soit enterrées avec une durée de « survie » de 300 à 400 ans.

Tout cela a fait tilt il y a déjà une dizaine d’années dans la tête de Yukihiro Kimura qui y a vu une bonne occasion de joindre sa fibre environnementale à son sens du business. Sans vraiment savoir dans quelle direction aller, il a cherché une solution pour se débarrasser de ses restes peu ragoutants. Depuis il a ouvert sa première usine à l’ouest de Kyoto. Ici arrivent par camion les couches des maisons de retraite – les astronautes ou les camionneurs en portent d’ailleurs aussi et  peut-être que certains se souviennent d’une épisode de « Grey’s Anatomy » ou une opération très longue et compliquée  était sur le programme pendant laquelle les chirurgiens ne pouvaient pas s’éclipser pour aller au petit coin ! Bref, les sacs de couches arrivent à l’usine de M Kimura où ils sont déchiquetés, séchés et compactés pour devenir un combustible vendu aux thermes et spas de la région pour y chauffer les bains.

Un business qui a de l’avenir car les fabricants ont bien mis dans la tête des jeunes parents que le pot n’est pas indiqué avant que l’enfant ne sait pas  lire et écrire (d’accord j’exagère un peu, mais seulement un peu!). On ne voit que mal les mamans revenir en masse vers les couches lavables et de toute façon l’espérance de vie prolongée fera sonner les caisses des producteurs de plus en plus longtemps! Les bains au Japon vont pouvoir rester chaud….