LES PAUVRES TU LOGERAS

La Force est certainement avec Carlos Daniel Gonzalez et Nataniel Munoz, jeunes entrepreneurs mexicains, et leur start-up « Eco-Domum » fondée en 2013 pour répondre à deux problèmes cruciaux: l’accumulation de déchets plastiques et l’absence quasi totale d’une gestion des ordures et l’extrême pauvreté. La Banque Mondiale considère comme extrêmement pauvres des personnes vivant avec l’équivalent de 1,25 $ (ou moins) par jour. En Mexique cette définition s’applique à 10% de la population, c’est à dire à plus de 11 million de personnes. A Puebla, l’état où Eco-Domum a été créé, c’est bien pire: ici 64% (!!) de la population vit dans l’extrême pauvreté, des gens qui manquent de tout, de nourriture et de logement.

Some people live in truly deplorable conditions, places you can’t even call houses. My vision is very clear. I have the conviction to help the most people I can have a dignified life by getting rid of extreme poverty, cleaning up my country at the same time.

L’entreprise emploie des collecteurs d’ordures – ce qui favorise l’économie locale – pour récupérer des déchets plastiques, de la bouteille de soda jusqu’aux jouets abandonnés. Ces déchets, d’abord triés pour éviter de générer des fumées toxiques, sont ensuite hachés avant d’arriver dans un four chauffé à 350°. La fonte prend une trentaine de minutes et le matériau ainsi récupéré arrive dans une presse hydraulique pour être compressé et façonné en panneaux de 2,4 x 1,2 m et d’une épaisseur de 2,5 cm. 120 panneaux qui ont d’ailleurs une très bonne capacité d’isolation sortent chaque jour de la petite usine.

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En une semaine seulement on peut ainsi construire avec 80 panneaux une maison presque indestructible d’une quarantaine de mètres carré comprenant 2 chambres, un salon, une cuisine et une salle de bains – un luxe jusque là peu connu par ces familles pauvres.

Eco-Domum vend des maisons entières et des panneaux de mur ou de toit à des particuliers mais aussi à des associations ou collectivités engagées dans des programmes de relogement des habitants des bidonvilles. Plusieurs villes ont fait appel à Eco-Domus pour pouvoir construire très rapidement et à peu de frais des nouveaux logements tout en réglant – en partie – leur problème de déchets.

« This has the potential to grow exponentially,” said González. “The problem of trash is huge in my country. In the whole world, there’s a ton of trash. In the next year, I want to grow the company ten-fold. First, we will concentrate in Mexico, but in 3-5 years, we want to go to other countries. There is poverty everywhere. The world is a house for everyone, and it’s worth it to fight for expanding this business. I will dedicate the rest of my life to this.

Eco-Domum fait partie de la 2e édition d’un programme appelé « Unreasonable Mexico », soutenant des entrepreneurs qui veulent s’investir dans des solutions face aux problèmes les plus urgents du pays, car ce sont les « irraisonnables » qui ont toujours fait avancer l’Histoire!

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CE QUI RESTE

350 t de mégots sont jetés chaque année dans les rues de Paris. Et alors? Aucun filtre de cigarette est biodégradable, bien au contraire il est en fibre de plastique et contient plus de 250 substances chimiques dont du plomb, du goudron, de l’arsenic, du mercure, du benzopyrène et j’en passe.

Une fois dans la rue il est soit ramassé par les cantonniers et ensuite incinéré en dégageant des fumées nocives soit arrive via les rivières à la mer: 40 % des déchets en mer Méditerranée sont des mégots.

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Un seul mégot peut polluer 500 l d’eau et met jusqu’à dix ans avant de se désintégrer….

Que faire?? Déjà on peut se munir d’un cendrier de poche. Une autre solution est de les envoyer pour être recyclés. Deux sociétés s’en chargent, TerraCycle et Cy-Clope qui transforment les mégots par exemple en plaques de plastique utilisables dans la construction.

Encore une autre idée pour ces  restes peu ragoutants de nos clopes, vient du Chili. La jeune designer Alexandra Guerrero a inventé un procédé pour d’abord nettoyer les filtres et ensuite les mélanger à de la laine pour obtenir un fil qu’elle tricote… Cela reste pour l’instant encore plutôt confidentiel mais chaque initiative est bonne pour lutter contre le fléau de cet objet au premier vue bien inoffensif et pourtant générant une vrai problématique environnementale! A côté des comportements individuels, entreprises et restaurateurs ont ici un rôle important de responsabilisation à jouer et cela semble pas encore bien compris!

D’ailleurs le fumeur français surpris à jeter un mégot dans la rue est passible d’une amende de 68 € – et il a de la chance car à Singapour il écoperait de 12.800 euros s’il est un récidiviste…

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WASTE SIDE STORY

14 milliards d’euro coûte chaque année le traitement de nos déchets…. On n’a rien de mieux à faire avec cet argent??

PUBLICITÉ – NON MERCI

Qui ne s’est pas déjà énervé face aux publicités qui encombrent jour après jours nos boîtes à lettres et qui en général terminent tout de suite à la poubelle.

Chaque année 850.000 tonnes (!) de ces courriers non adressés, comme cela s’appelle en langage administrative, – prospectus, publicités, journaux gratuits etc. – sont distribuées. Ceci fait en moyenne 31 kg de papier inutile par foyer chaque année. 31 kg que le facteur ou un distributeur place dans nos boites, que nous en retirons pour les amener ensuite vers des poubelles spécialisées (je l’espère!!) – un gâchis énorme en matières premières et en énergie tout en polluant l’environnement encore plus.

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Cette affiche, trouvée sur le site de « takepart » détaille bien l’affaire pour les États Unis (mais peut se transposer facilement à la France ou n’importe quel autre pays): une année de « junk mail » représente 100 million d’arbres coupés pour produire 100 milliards (!!) de publicités. Chaque foyer reçoit 848 courriers non adressés qui sont jetés et produisent alors 51 millions de tonnes de gaz à effet de serre ce qui est plus que la pollution de l’air provoquée par tous les voitures immatriculées à New York et Los Angeles ensemble…

Alors encore des hésitations de coller enfin sur votre boîte un sticker « stop pub » (à télécharger gratuitement sur le site du Ministère de l’Écologie ou d’autres sites)?

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JE SUIS UNE ORDURE

Bravo pour ce court métrage dans le cadre du Nikon Film Festival! Et merci à Edmund Platt (« 1 Piece of Rubbish ») pour me l’avoir fait découvrir!

http://www.festivalnikon.fr/video/2015/1307

APRÈS LA PEINTURE

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Violet Jessep (1887-1971), surnommée « The Unsinkable Woman » (La femme insubmersible). Après avoir guérie d’une tuberculose quand elle était enfant, cette femme a survécu à trois (!) catastrophes nautiques: elle était membre de l’équipage sur l’Olympic quand ce paquebot avait été heurté par accident par un navire de guerre. L’année suivante elle intègre l’équipage de la Titanic – dont on connait le funeste destin – et finalement en 1916 elle sert comme infirmière sur le Britannic (« sister-ship » de l’Olympic et du Titanic), paquebot transformé en bateau hôpital quand celui-ci coule suite à une explosion à bord.

Cette œuvre de Rebecca Szeto fait partie d’une série où l’artiste californienne rend hommage aux femmes, connues ou anonymes.

My works play with notions of beauty and value.  The materials I use are often humble, mass-produced or discarded domestic products like paintbrushes, dead bees, chewed gum, steel wool or rust. These are drawn from my immediate surroundings and present circumstances.

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Gloves No.2, latex et dentelle, 2001

 

Modestes produits industriels, objets ménagers qui ne peuvent plus servir, ustensiles de travail  – tout son environnement immédiat inspire Rebecca Szeto, issue d’une famille chinoise immigrée aux États Unis.  Un beau jour Rebecca Szetos conscience écologique ne pouvant plus supporter de jeter autant de choses, elle a commencé à garder du papier verre à la laine d’acier et en remplir des sacs sans avoir encore un projet très clair pour leur recyclage. Arrivée devant la décision soit de bazarder tous ces reliquats, soit de les utiliser elle s’est lancée… et c’est ainsi que les brosses et pinceaux employés pour patiner des objets ont a leur tour acquis le statut d’œuvres poétiques et pleines d’humour.

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Émilie du Châtelet (1706-49) était une femme exceptionnelle. Mathématicienne de génie (c’est à elle que l’on doit le « 2 » dans E=MC²), scientifique, traductrice de Newton elle étudie Leibniz, maîtrise  le latin, le grec et l’allemand, chante, joue le clavecin… Sur le plan privée Émilie fut également hors du commun. Mariée au marquis du Châtelet, elle entretenait une liaison avec Voltaire avant de lui préférer le poète Saint Lambert. Elle meurt à seulement 42 ans en couches entourée de son mari, son ex-amant et son amant en titre, père de sa fille qui ne survit non plus.

Pour connaitre mieux le travail de Rebecca Szeto, c’est ici.

(Tous les photos (c) l’artiste)

 

 

 

 

 

 

 

TRASHION OU LE « DUMPSTER CHIC »

Gary Harvey est Anglais, designer, créateur et était « creative director » chez Levi’s pendant plus de cinq ans avant de lancer ses propres collections. Boutiques de deuxième main, textiles, accessoires et objets qui s’accumulent dans les décharges, des vêtements portés une ou deux fois avant d’être jetés – tout cela a commencé à titiller son inspiration.

A la Fashion Week de Londres en 2007 Gary Harvey a montré pour la première fois sa collection de robes de soirée « upcycled ». Une trentaine d’exemplaires du Wall Street Journal pliés attachés à un corset rose saumon (comme la couleur du journal) transformés en robe de bal froufroutante n’était qu’un de ses succès. Pas mal non plus la jupe faite à partir de 18 trench coats…

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(c) Gary Harvey

The collection was initially set up to raise awareness of limited natural resources and environmental issues involved in placing unwanted clothing into landfill and generate respect for the craftsmanship in recycling/upcycling

Plus qu’une célébrité a pincé pour ce maître de la Trashion (Trash + Fashion) qui a su mélanger son immense talent de designer, un sens d’humour et de dérision typiquement anglais et un engagement écologique!

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(c) Gary Harvey – Robe en « sacs Tati »

Gary Harvey est d’ailleurs à côté de ses activités de designer consultant auprès du gouvernement britannique pour des questions concernant la réduction des déchets.

PIPI CACA

Désolée, j’espère que vous ne lisez pas ce poste en mangeant – quoi que… tout ce recycle!

27 litres d’eau, c’est à dire 20% de notre consommation globale quotidienne utilise en moyenne chacun d’entre nous en actionnant la chasse. De l’eau potable en plus! 59% des cours d’eau en France sont pollués, la sécheresse frappe de plus en plus fort et de plus en plus souvent… ceci a commencé à turlupiner deux jeunes montpelliérains, Benjamin et Bernard, son ami d’enfance. Ils ont donc imaginé un système circulaire et anti-gaspillage et créé la SCOP Ecosec qui rassemble aujourd’hui 5 jeunes gens motivés.

« Nous sommes partis du principe que la sciure ne marcherait pas en ville. Il fallait proposer un système simple et sans contrainte pour l’utilisateur », explique Charles, membre de la scop. Dans leurs toilettes : rien ne change donc. On entre, on officie, on « tire la chasse », sans eau, en appuyant sur une pédale qui anime un tapis roulant. Incliné celui-ci sépare l’urine (qui descend) du reste (qui monte).

Ces deux éléments sont ensuite récupérés pour être transformés en composte. L’urine par exemple qui contient du phosphate et de l’azote représente un nutriment précieux pour la croissance des végétaux. Au lieu de produire donc de l’engrais à partir de matières extraites du sol (dont le phosphate qui n’est pas renouvelable) dans des pays lointaines et ensuite l’acheminer jusqu’à nos campagnes, on peut en produire tous les jours nous mêmes tout naturellement! La valeur des urines français représente l’équivalent de 70 million d’euros par an dépensés pour acheter des engrais « industriels ».

Ecosec propose donc des toilettes publics, joliment conçues, équipées de panneaux solaires pour être autonomes et facilement démontables. Pour l’entretien la SCOP cherche la collaboration avec des associations qui s’occupent de personnes en réinsertion dont le boulot consistera à veiller au bon fonctionnement des cabines et à sensibiliser le public. Les WC,  faciles à utiliser de façon pérenne en ville sont aussi parfaitement adaptés pour des festivals, événements, paillotes éphémères etc. Ils faisaient évidemment aussi partie de la COP21!

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Pas de gaspillage d’eau, être autosuffisant en énergie, retourner les nutriments à la terre – difficile d’être plus complet. Bravo, les jeunes!!

ANOTHER BRICK IN THE WALL

pas n’importe quelle brique, mais l’EcoBrick!

Lors d’un voyage au Guatemala, l’activiste environnementale Susana Heisse était épouvantée par la quantité de déchets plastiques autour du lac Atitlan. En se demandant comment lutter contre cette pollution elle a eu une idée absolument géniale: on prend une bouteille en plastique, la remplit de déchets non bio-dégradables (emballages de chips, de bonbons, sacs en plastique…) en tassant le plus possible et voilà un EcoBrick qui est, utilisé avec du ciment ou de l’argile, un matériau de construction robuste, un isolant formidable et pas cher.

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Il existe aujourd’hui au Guatemala 38 écoles construits en EcoBicks par des associations dont Pura Vida Atitlan, créée par Susana Heisse, surnommée par CNN la « Trash Queen of Guatemala ».

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Son idée à trouvé des adeptes dans d’autres pays confrontés à la pauvreté, le manque de logement et l’abondance de déchets. Aux Philippines un « open source » manuel a été distribué aux écoles. Les élèves doivent, comme une partie de leurs devoirs, apporter chaque semaine une EcoBrick.

La ville de Greyton en Afrique du Sud, minée par des problèmes sociaux, les inégalités, le manque de logements abordables et une absence totale du traitement des déchets est grâce à Nicola Vernon, la première en Afrique à s’inspirer de cette technique de construction. Et elle n’y vas pas à reculons! En juillet Greyston sera la première ville sans sacs en plastique jetables! Un jardin partagé a vue le jour, un éco-village est en construction et 18 emplois ont pu être créés.

Quand Joseph Stodgel, artiste et écologiste américain, a visité Greyton pour la première fois, c’était une énorme décharge à ciel ouvert qui l’a marqué.

The dump is the first area you come to when you are walking from town

En tant qu’artiste il se lance donc dans la création d’un festival: « Trash to Treasure« . Une partie de la décharge est nettoyé et sur une scène construite à partir de pneus, des musiciens se produisent. Chaque année on y fabrique aussi des EcoBricks. Lors de la 3ème édition du festival en 2015 un bloc de toilettes sèches a pu être fait en utilisant cette technique, une cuisine, des douches et des hébergements pour les festivaliers sont prévus pour bientôt. Sur le site il y a aussi une salle de classe dont chaque mur était construit par une école différente.

Une autre personne touché par le « virus EcoBrick » est l’architecte Ian Domisse. Il a décidé de démissionner de son travail pour ouvrir son propre cabinet spécialisé dans la construction avec ces briques. C’est lui aussi qui a mis en place un réseau avec des commerçants et entrepreneurs locaux – EcoBrickExchange. L’EcoBrick est ainsi devenue une forme de monnaie locale.

Un bel exemple comment des solutions locales peuvent être plus intéressante, plus valorisante et moins couteuses que des grandes centres de recyclage « industriels »!

Pour savoir plus sur les EcoBricks.

 

 

PROPHETIE

« The Prophecy » est le titre que le photographe Fabrice Monteiro donne a une série d’images consacrée à la destruction des paysages d’Afrique et en particulier du Sénégal.

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En collaboration avec le designer Doulsy et l’organisation Ecofund il a créé des images théâtrales et baroques où des personnages d’une beauté monstrueuse, vêtus de costumes fantasmagoriques fait de déchets émergent du sol et de l’eau pollués.

Sur les rivages de Hann Bay à Dakar où le sang de l’abattoir voisin se déverse dans l’eau une créature lève ses bras multiples au ciel ou un guerrier de légende ploie sous un filet de pêche contenant des débris de plastique. La série de 10 images représente une vision cauchemardesque et poignante sur la destruction de la beauté naturelle par les activités humaines.

Fabrice Monteiro, fils d’une Belge et d’un Béninois a grandi au pays paternel avant d’entamer une carrière internationale de modèle avant de changer en 2007 du côté et de se mettre désormais derrière l’objectif. Dans ces photographies il y a l’influence esthétique du monde de la mode mélangé à une sensibilité particulière pour l’histoire africaine telle que les destins des esclaves au Bénin, les enfants rescapés du génocide au Burundi ou l’engouement pour la lutte au Sénégal.

Doulsy, ou Jah Gal, est un jeune créateur né en 1980 à Dakar. Pour ses vêtements et accessoires il aime mélanger couleurs et formes, genres et influences, artisanat traditionnel et un style avant-gardiste – et  utiliser des matières provenant du recyclage et de la récupération selon sa devise: Rien ne se jette, tout se transforme!

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