A UN CHEVEU PRÈS

Cet article s’adresse plutôt aux Raiponces et autres princesses parmi vous, les hommes peuvent le sauter… quoi que, si je pense à Conchita Wurst

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Dans la rubrique « on ne gaspille RIEN » – avez vous déjà pensé à vos cheveux? Vous avez pris la décision de vous faire couper votre longue chevelure pour opter pour un look plus « garçonne ». Vous allez donc chez votre coiffeur préféré et demandez une coupe. Il s’applique et une fois la chose faite, voilà vos magnifiques mèches éparpillées par terre où une petite apprentie le balayera avant que la prochaine cliente arrive.

Et regardons maintenant ailleurs. Vers des femmes malades, obligées à subir des chimiothérapies ou autres traitements qui leur font perdre leurs cheveux. Si elles sont d’un milieu aisé, elle peuvent aller s’acheter une belle perruque en attendant que leur crâne se couvre à nouveau et une nouvelle chevelure commence à pousser. Mais toutes les femmes n’ont pas les moyens nécessaires mais ne souhaitent pas non plus ni d’assumer un crâne chauve, ni de porter un turban ou autre bonnet. Les cheveux restent dans l’imaginaire commun encore étroitement liés à la féminité, au désir, à la séduction (et cela non pas uniquement chez les musulmans!). Perdre ses cheveux est donc une expérience traumatisante pour une femme.

Sophie Bouxirot, une jeune femme en région parisienne, a donc créé en 2015 l’ association « Solidhair » qui récupère des cheveux pour les vendre ensuite à des perruquiers et avec cet argent soutenir les femmes atteintes d’un cancer qui ont des difficultés financières à se procurer une jolie perruque (la sécurité sociale ne rembourse que 125 euros ce qui est largement insuffisant).

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Un réseau de coiffeurs partout en France s’est mis en place et continue à le faire, qui soutient cette action. Sur leur site on explique comment il faut faire pour (faire) couper ses cheveux dans des conditions qui permettent ensuite aux perruquiers de les utiliser et aussi comment faire pour obtenir une aide financière.

Alors la prochaine fois quand l’envie vous prend de changer de look ou aussi quand vous décidez que ça devient trop enquiquinant de tresser chaque matin avant l’école les cheveux de votre fille – pensez à Solidhair et ne gaspillez plus une mèche!

LES LIVRES SE CACHENT POUR MOURIR

L’édition en France c’est 3.000 maisons d’édition, plus de 100.000 auteurs, traducteurs et illustrateurs, 83.000 employés dont 15.000 dans les maisons d’édition, 3.000 dans le secteur de l’imprimerie, 15.000 dans la commercialisation (librairies etc.) et 35.000 dans les bibliothèques. En 2015 43.600 nouveaux titres ont été publiés plus 54.706 titres en réimpression… 553.241 exemplaires ont été mis sur le marché.

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Impressionnant, non? Ajoutons à cela qu’un Français sur trois avoue qu’il n’a pas lu un seul livre dans l’année. Il est donc facile à imaginer les piles de livres qui s’accumulent chez les éditeurs qui n’ont pas trouvé preneur/liseur. Ils ne cachent pas qu’un roman a deux mois pour trouver son public et une fois cette période terminé, pas de pitié – au pilon! Les frais de stockage et la logistique représentent un coût trop important pour les éditeurs. Quatre centres de destruction existent. A Vigneux-sur-Seine, le plus important, chaque jour 3 à 10 camions arrivent chargés d’une dizaine de tonnes de livres chacun.

1 500 tonnes  sont ainsi broyées toutes les cinq minutes pour se transformer en un ballot bien serré et ficelé, haut et large d’un peu plus de 1,30 mètre. En une heure, un  chargement est réduit en gros cubes prêts à partir pour une seconde vie. Cauchemar des auteurs et des éditeurs, mais recyclage « environnementalement correcte ». On ne parle pas beaucoup de ce triste sort qui attend romans et biographies, livres scolaires et guides touristique. dans un monde qui ne cesse pas d’accélérer il ne fait pas bon de perdre le statut de « dernière nouveauté ».

Paru en 1976 le roman « Une trop bruyante solitude » de l’écrivain tchèque Bohumil Hrabal laisse pénétrer le lecteur dans cet inferno du livre: Hanta, petit employé, travaille à Prague dans une entreprise où il est censé de presser du papier. Son efficacité est pourtant entravée par l’intérêt qu’il porte aux ouvrages destinés à la destruction dont il essaie de soustraire des livres qu’il considère comme « chefs-d’œuvre ». Tout comme les livres qui deviennent un rebut, Hanta lui aussi devient la victime d’une nouvelle ère où la productivité, la vitesse, l’efficacité sont les nouveaux maîtres.

Comment ne pas aussi penser à « Fahrenheit 451 », livre de Ray Bradbury et film de François Truffaut avec le magnifique Oskar Werner dans le rôle de Montag, « pompier/pyromane » missionné à traquer des livres et de les détruire au lance flamme et qui – lui aussi tombera sous l’emprise de la littérature et va commencer à soustraire des livres à leur destin.

Et il y a aussi la réalité: José Guttierez n’a que 19 ans quand pendant son travail d’éboueur en ramassant les poubelles dans un quartier riche de Bogota il tombe sur un exemplaire d’Anna Karénine… Pour le jeune homme, fils d’une mère qui adorait la lecture mais n’avait pas les moyens d’offrir des études à ses enfants, il n’y a pas d’hésitation. Il ramasse le livre et le met dans sa combinaison. L’histoire aurait pu s’arrêter là mais elle continue.Pendant toute sa vie professionnelle, d’abord éboueur et ensuite chauffeur de camions benne, il continue à ramasser les livres. Plus de 30.000 ouvrages sauvés: romans, essais, dictionnaires, encyclopédies… Et ce trésor, cette bibliothèque  « La Fuerza de las Palabras » (La Force des Mots), amassé dans sa modeste maison, est mis à disposition des enfants pauvres des quartiers défavorisés. Affectueusement surnommé « Les seigneurs de livres » José Guttierez est devenu une figure légendaire à Bogota. Ces collègues éboueurs ont vite commencé à l’imiter et le cri « libros, libros » fait s’arrêter immédiatement le camion benne le temps de ramasser les livres pour les apporter ensuite à José.

Des initiatives semblables existent un peu partout, des livres gratuitement mis à disposition comme dans la girafe sur le haut de la Canebière à Marseille, la petite bibliothèque solidaire dans la rue du Panier, aussi à Marseille et d’autres bibliothèques de rue, de plage etc.

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Recycler des livres n’est alors pas uniquement les broyer pour refaire du papier pour rééditer des livres dans un cercle sans fin, c’est aussi les rendre accessible au plus grand nombre…

Une maison sans livres est comme un corps sans âme (Proverbe russe)

CAMILLE, TU VEUX PAS UNE BOULE VANILLE?

C’est l’été, il fait chaud (au moins à Marseille) et on mange des glaces. En Indonésie aussi on mange des glaces et on en a mangé pas mal pour procurer sa matière première à l’architecte Florian Heinzelmann!

Ce jeune architecte d’origine allemande a remarqué au fil de ses voyages en Indonésie que beaucoup de villages manquent d’un espace commun. En s’appuyant sur son agence de design Shau basée au Pays Bas il a donc décidé de créer une petite bibliothèque communale dans le village de Bandung. Il souhaitait offrir aux villageois un espace pour se réunir, aux jeunes un moyen de découvrir la littérature et à tout le monde un lieu pour bouquiner paisiblement et passer un temps agréable ensemble.

2000 conteneurs de crème glacée étaient nécessaire pour construire un très joli bâtiment aux lignes épurées. Utiliser ces récipients était pour Florian Heinzelmann aussi un moyen pour démontrer que l’on peut, non doit!, réutiliser des déchets plastiques qui représentent en Indonésie comme partout un vrai fléau pour l’environnement.

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Utilisant les fonds et les ouvertures des conteneurs comme un langage informatique (les fonds correspondent à 1 et les hauts à 0) il a inscrit sur les murs en code binaire « Books are the windows to the world » (Livres sont des fenêtres sur le monde).

Après avoir monté un escalier on arrive dans la bibliothèque avec ses étagères et bancs en bois tandis que les murs dont le plastique est semi transparent laissent filtrer la lumière du jour créant une ambiance apaisante et douce.

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Temps de quitter l’Indonésie et d’aller chez Vanille Noire pour manger un sorbet au gingembre 🙂

TOUT EST BON DANS…LA BANANE

L’Ouganda est, comme d’autres pays d’Afrique, menacé par la déforestation due à l’utilisation du bois et/ou du charbon de bois pour la cuisson des aliments. Le charbon cause partout dans le monde des dommages environnementaux importants: tous les 3 secondes disparaissent l’équivalent de 36 terrains de foot de forêts dans le monde, la pollution de l’air cause 7 millions de morts par an (source: OMS)…

En Ouganda une famille pauvre utilise presque la moitié de leurs revenues (0,8 $) pour acheter du combustible. Le charbon de bois, produit d’une façon peu efficace où presque 80% de l’énergie sont perdus, chauffe des petits poêles qui à leur tour sont très gourmands en combustible pour un résultat moins que médiocre. Ce charbon de bois est en plus cher et contribue ainsi à enfermer les personnes pauvres dans leur dénuement en les privant d’investir dans l’éducation de leurs enfants ou des soins médicaux.

Face à ce constat deux Français, Vincent Kienzler et Alexandre Laure, on relevé le défi. Installé à Kampala, la capitale de l’Ouganda, ils ont fondé leur entreprise « Green Bio Energy » pour produire un combustible renouvelable, bon marché et moins nocif. Le résultat de leurs recherches s’appelle « Briketi ». Pour cela on collecte des peaux de bananes – un des ingrédients principaux de la cuisine ougandaise – et d’autres déchets organiques directement chez les habitants. Les peaux sont ensuite débarrassées de résidus (feuilles…) et étalées pour sécher au soleil. Dans un bidon on les réduit ensuite en cendres et une fois refroidies les mélange avec un peu de farine de manioc diluée. Avec la pâte ainsi obtenue une machine très simple moule des briquettes.

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La matière première, des déchets organiques, est simple à se procurer, le temps de consommation des briquettes est deux fois plus long que celui du charbon de bois traditionnel et – cerise sur le gâteau! – ces « briqueti » ne dégage ni fumé ni suie… Résultat: la pression sur les forêts diminue, la santé des utilisateurs est préservée et les dépenses pour le combustible baissent.

L’entreprise a aussi développé des poêles très simples mais plus efficaces se basant sur des techniques occidentaux et le savoir-faire local et les machines pour mouler les briques peuvent être adaptées aux besoins individuels, c’est à dire une famille (ou une épicerie, un commerce quelconque) peut produire sur place. Des stages ont été mis en place pour sensibiliser les gens aux questions environnementales tout comme des formations plus poussées comme le management d’une micro-entreprise, les bases de comptabilité et de marketing etc.

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AU FOND DE TON VIEUX PORT S’ENTASSENT LES CARCASSES DES BATEAUX DÉJÀ MORTS…

 (Loguivy de la mer, chant marin)

Démanteler autrefois un bateau permettait de récupérer un bois de haute qualité qui pouvait être employé pour construire un nouveau bateau ou pour des constructions à terre, voire du mobilier. D’ailleurs la légende qui veut que les maisons marseillaises à trois fenêtres ont leur origine dans le réemploi des mâts de bateaux n’a aucun fondement scientifique.

La démolition des navires d’aujourd’hui avec leurs coques en acier et bourrés de matières dangereuses (par exemple amiante) est plus difficile et surtout plus coûteuse. Considérés comme des « déchets toxiques » leur démantèlement est, en principe, soumis à des règles strictes surtout en ce qui concerne la sécurité des ouvriers qui y travaillent. La convention de Hong Kong, adoptée en mai 2009 par l’Organisation maritime internationale, encadre en théorie le démantèlement des navires en fin de vie. Elle n’est pourtant toujours pas entrée en vigueur, faute des 15 ratifications nécessaires. Trois pays seulement sont passés à l’acte en mars 2016: la France, la Norvège et le Congo.

En pratique on échoue un navire en fin de vie en le projetant à pleine vitesse à marée haute sur une plage en faible pente et sans rochers qui peuvent gêner les manœuvres et où il est immobilisé à marée basse. Aucun contrôle sur le rejets polluants s’effectue… ils sont dépecés selon la montée des marées dans et hors de l’eau. Il va de soi que ni la sécurité des ouvriers ni la récupération des déchets toxiques soient ainsi garantis.

Plus de 50.000 navires marchands sillonnent aujourd’hui les océans et la démolition est devenu un business florissant et cela surtout dans des pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou l’Inde. Selon l’association Robin des Bois qui surveille de près ce commerce, il n’y a qu’une minorité des navires qui sont démolis sur des chantiers en Europe. Les prix des pays asiatiques avec une main d’œuvre largement exploitée sont imbattables. Même les armateurs chinois envoient leur rafiots au Bangladesh. Les conditions de travail des ouvriers, parfois très jeunes, sont extrêmement dangereuses. Ils risquent leur vie et leur santé dans des chantiers où les normes de sécurité, pour peu qu’elles existent, sont très insuffisantes. C’est dans certains pays un véritable drame humain, se nourrissant de la misère des populations locales.

Goggles and scarf shield this worker from the choking dust and smoke of the ship breaking yard.  Old ships are brought from all over the world to be cut up for scrap metal.  National Geographic:  John McCarry (March 1995)  Bombay: India's Capital of Hope, National Geographic. (vol.187 (3)) pp.  42-67

From the tangle of deconstruction in the shipbreaking yard of Bombay, a young welder stepped forward in 1994 to engage the camera. His eyes, redoubled by the goggles on his forehead, draws our gaze away from the ship’s empty hold and we wonder about this young man, whose face we cannot read fully, whose head is protected only by the cloth that covers his mouth. The promise of our gaze meeting, through a photograph, the look of another across time and vastly different spaces is one of the signature strengths of McCurry’s art.
Bannon, Anthony. (2005). Steve McCurry. New York: Phaidon Press Inc., 27.
Jeune soudeur, Mumbai, Inde, 1994

Les Européens portent ainsi une lourde responsabilité dans la dégradation du littoral des pays-hôtes et la misère des ouvriers. Propriétaires de 40% de la flotte marchande mondiale ils ne se soucient pas beaucoup du recyclage: 74% des navires allemands et 87% des navires grecs ont ainsi été jetés sur les côtes asiatiques en 2015. Bon élève est par contre la Norvège qui a démantelé 13 de ses 17 bateaux en fin de vie dans des installations respectueuses de l’environnement et des normes sécuritaires!

Les conséquences de cette politique du bas prix sont catastrophiques pour les gens qui travaillent sur les chantiers ou vivent à proximité: au Bangladesh la concentration dans l’air d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) s’avère cancérigène sur 18 sites sur 23. Et en Inde, des taux très élevés de métaux lourds et d’hydrocarbures ont été relevés dans l’eau et les sédiments, ainsi qu’une forte concentration de microplastiques  (plus de 80 milligrammes par kilogramme de sédiments). Selon l’union mondiale IndustriAll, l’industrie indienne de démantèlement a connu 470 décès dans les chantiers entre 1983 et 2013.

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Si l’Inde et le Bangladesh se partagent la première place en alternance, la Chine – qui a en vain voulu les concurrencer – ne démolit que des navires chinois et nord-coréens. Le Pakistan est installé sur le créneau des gros tankers ou vraquiers et la Turquie sur celui des ferries et cargos exploités en Méditerranée et des navires de la Royal Navy.

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En Turquie le plus important site de démolition navale se trouve à Aliaga près d’Izmir. L’acier récupéré représente une partie importante des provisions de ce métal pour le pays. Jusqu’en juillet 2011  660.000 tonnes de métal ont été obtenues suite à 275 démolitions navales et ce n’est que récemment que les autorités ont commencé à se soucier aussi des problématiques liées à l’environnement et à la santé des ouvriers.

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Brasil Star 2 à Aliaga, avril 2012

Certains se souviennent dans ce contexte peut être encore de l’errance du « Clemenceau », porte-avion et fleuron de la marine française. Construit en 1955 à Brest, son heure a sonné en 1997 mais ce n’était qu’en 2005 que son démantèlement final fut décidé. Le 31 décembre 2005 le Clemenceau a donc quitté Toulon pour faire route vers Alang en Inde et cela malgré les protestations qui reprochaient le manque d’équipements adéquates pour les déchets toxiques et les conditions de travail sur ce site. En janvier 2006 la Court Suprême Indienne a défendu au navire l’accès à Alang. Abordé par des activistes, retenu par les autorités égyptiennes mais finalement autorisé à traverser le canal de Suez, le Clemenceau a dû enfin regagner les eaux nationales sur décision du Conseil d’État. Le longue périple du porte-avion a trouvé sa fin dans un chantier naval anglais près de Hartlepool où son démantèlement a commencé en novembre 2009 et fut terminé fin 2010.

LE TRI À LA ROMAINE

Si l’on parle du problème des déchets en Italie, tous les regards se tournent généralement vers Naples. Mais Rome, capitale éternelle, connait aussi des déboires dans ce secteur. 5 million de déchets sont chaque jour produit et une bonne partie se trouve abandonnée dans les rues. Le ramassage des poubelles connait des défaillances et la conscience de la population concernant le tri est très peu développée. Rome se situe sur ce point tout en bas de la liste des villes italiennes. « Io lavoro » – je travaille – répond par exemple une femme dans cette vidéo à la question pourquoi elle ne trie pas, une jeune fille n’arrête pas à parler dans son téléphone avant de lancer qu’elle n’a rien à cirer de l’environnement tandis que les commerçants se renvoient la balle confrontés à des cagettes qui ne peuvent que venir d’un d’eux. Le constat est plutôt accablant….
Il n’est donc pas étonnant que parmi les grands dossiers auxquels la toute nouvelle mairesse de Rome, Virginia Raggi, a promis de s’attaquer figure le problème des déchets qui ternissent l’image de la ville et exaspèrent les habitants.

MOZART DANS LA DÉCHARGE

Cateura est une petite ville de 10.000 habitants à proximité d’Asuncion la capitale du Paraguay. Une petite ville pauvre, gangrénée par la violence et emplacement de la plus grande décharge du pays. Une grande partie des habitants vivent justement de cette décharge où ils récupèrent tout ce qui peut être recyclé ou réutilisé.

Le miracle commence en 2006 quand Favio Chavez arrive à Cateura après des études de technologie de l’environnement. Chavez n’est pas seulement un technicien mais depuis son jeune âge un passionné de musique qui à seulement 11 ans (!) avait déjà dirigé la chorale de son église. Quand cet homme regarde les enfants souvent laissés à eux mêmes, trainant dans les tas d’ordures, proies faciles aux bandes qui font la loi, à l’alcool et aux drogues, il fait le pari fou de les sortir de leur condition et de leur ouvrir un monde nouveau grâce et via la musique.

Une autre rencontre fait évoluer ce projet. Nicolas « Cola » Gomez a perdu son père quand il n’avait que 7 ans. Pour faire vivre sa mère et la fratrie de neuf enfants, le petit garçon doit commencer à travailler. Employé pendant une trentaine d’années sur des chantiers, il déménage ensuite à Cateura pour y gagner sa vie en tant que récupérateur et recycleur. Cola est aussi un bricoleur de génie, activité à laquelle il doit son surnom « Cola le luthier ». Qui pouvait mieux convenir comme partenaire à Favio que lui pour transformer un rêve en réalité?

Le projet d’une école de musique est magnifique mais il faut des instruments et évidemment les familles n’ont pas les moyens pour acheter de tels objets de « luxe » à leurs enfants. Mais il y a la décharge qui regorge de tôle froissée, de morceaux de tuyauterie, de vieux bidons, de clés, de capsules de bière et d’autres rebuts que l’on peut transformer en violons, violoncelles ou flûtes traversières. Ce n’est pas par n’importe quelle musique que les deux hommes veulent sortir les enfants de leur quotidien précaire mais par la « grande musique » avec un répertoire qui va de la musique traditionnelle, en passant par les Beatles ou Frank Sinatra jusqu’aux valses de Vienne ou Beethoven! Ainsi est née l’orchestre des instruments recyclés, « Orquestra de recilados de Cateura ». Il comprend aujourd’hui plus d’une trentaine de membres et donne des concerts partout dans le monde. Avec l’objectif de former un jour un orchestre philharmonique (plus de 50 musiciens) il y a deux cents enfants qui reçoivent un enseignement de musique grâce à cette école imaginée par deux hommes qui veulent faire passer un message: « Vous nous envoyez vos déchets, on vous envoie de la musique »!