HIT THE ROAD, JACK

Pour la plupart des gens – en Europe – les vacances sont bien terminés, terminés la plage ou la montagne, les escapades en bateau ou les randonnées, les nuits sous la tente ou la grasse matinée au relais château. Alors pour ne pas déprimer et parce que la joie anticipée fait du bien, voici un conseil pour planifier votre prochain voyage.

En supposant qu’en tant de lecteurs de ce blog vous vous intéressez donc à l’environnement et que des actions citoyennes vous parlent, je vous invite de consulter une carte un peu particulière: « Plan your trip » est une carte qui recense des actions de « clean up »(nettoyage) dans le monde. Vous pouvez donc découvrir un pays nouveau (ou revoir un que vous aimez bien), rencontrer des gens engagés et les aider à ramasser les déchets! Pour cela vous aurez le choix entre l’Albanie et le Brésil, la Slovénie et la Tunisie, Hawaï, l’Indonésie ou le Japon, le Nigeria ou la Suède….

Cette carte est l’œuvre de deux Suisses, Elisabeth Tricot et Nicolas Gluzman, tous les deux passionnés par les voyages, aimant la nature et souhaitant préserver la beauté des sites. L’événement qui a donné naissance à leur projet, était un voyage en Indonésie où ils ont découvert un jour une rivière dévastée par les rebuts de notre société moderne: sacs de plastique, bouteilles, boîtes de conserves etc. Une semaine plus tard c’était un nouveau choc de voir dans un parc naturel un singe jouer avec une bouteille en plastique. Ils ont demandé au gardien un sac et en quelques minutes il était rempli à ras bord de détritus… Alors si eux pouvaient le faire pourquoi d’autres voyageurs ne suivraient pas cet exemple? Pourquoi ne pas inciter les touristes de participer à la sauvegarde des lieux qu’ils visitent? En parlant avec d’autres voyageurs, ils ont vu leurs préoccupations largement partagées. Pourtant la plupart des gens ne passent jamais à l’acte. Pourquoi? Tout simplement parce qu’ils ne sont pas équipés, n’ont pas de sac vide sous la main, pas de gants, ne savaient pas où déposer les ordures collectées, bref pour des questions de logistique de base. En bons Suisses pragmatiques ils Elisabeth et Nicolas ont donc mis en route un projet qui devra prendre de ‘envergure à fur et à mesure: inviter des groupes de citoyens du monde entier engagés à inscrire leurs actions sur la fameuse carte et proposer aux voyageurs de se joindre à eux lors d’un séjour – la motivation ne sera plus entravée par la logistique!

Première étape: créer une communauté via leur site Web « My green trip » et leur page Facebook et Instagram, puis développer les outils internet et les applications et trouver des partenaires.

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Ce que vous pouvez déjà faire: adhérer à la communauté et faire connaître le projet, inscrire les actions que vous organisez, participer lors d’un voyage à un nettoyage local – et pour les très motivés et cadors de l’informatique aider à développer les outils numériques.

Alors, bon voyage et j’attends vos photos de nettoyages lointains!

4 QUESTIONS À… NEZIHA GOUIDER-KHOUJA

Pour la reprise après les vacances, j’ai le plaisir de vous présenter une passionaria de l’environnement, la docteur Neziha Gouider-Khouja, professeur de neurologie. Cette belle Gabesienne, scientifique hautement diplômée et distinguée à plusieurs reprises pour ses recherches sur les maladies d’Alzheimer et de Parkinson, membre de nombreux comités et conseils dans le domaine de la médecine et pour le Ministère de la Santé, trouve malgré toutes ses activités professionnelles le temps de militer avec une inépuisable énergie pour une Tunisie plus propre, plus respectueuse de l’environnement et des richesses de son patrimoine via le groupe citoyen « On a été embêté pour vous » (OAEEPV). Mais les ambitions de ce groupe citoyen dépassent l’écologie qu sens stricte pour s’impliquer aussi pour la santé, le respect des lois ou pour la cause animale et est ainsi une preuve de plus d’une société civile tunisienne active et engagée, prête à mettre les « mains dans le cambouis ».

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Qu’est ce que (ou qui) vous a inspiré à vous mobiliser pour la propreté, l’environnement?

Il s’agit plus précisément d’une bataille contre l’état d’insalubrité insoutenable du pays. Cette bataille comporte pour moi une symbolique évidente, que je ne cesse de répéter : on ne peut rien construire de propre sur du sale. J’y ai été amenée de façon logique par la conviction, mi-2015, que notre habituation récente à la saleté « matérielle » (les ordures) ne fait que refléter une forme d’acceptation et de démission devant toutes les formes de « saleté », y compris et surtout la « saleté » morale. C’est arrivé à un moment d’apathie citoyenne, il s’agissait donc d’une ré-orientation logique  de la pensée et des actes : pendant 4 années j’étais, comme des milliers de citoyens, occupée à « observer » l’écriture de la nouvelle Constitution, à parer aux dérives dans son écriture, à « observer » aussi les dérives dans la gouvernance du pays et ces urgences vitales nous ont caché un moment , la dégradation progressive des comportements citoyens et civiques (qui n’ont certes jamais été au top) sur les années 2011 à 2015. Cette dégradation des valeurs citoyennes était devenue pour beaucoup inacceptable. C’est là que l’idée de canaliser les efforts vers une espèce de prise de conscience, de « rééducation » à la citoyenneté est née. L’activisme citoyen n’est ici qu’un outil de travail sur cette «rééducation» indispensable à tout progrès dans le pays.

Le désengagement de l’État est pour quelque chose dans notre mobilisation, mais même si l’état n’était pas désengagé, la contribution des individus à la vie de la Cité est une nécessité et c’est cela que nous essayons de faire comprendre à tous nos concitoyens. Elle l’est d’autant plus dans la situation actuelle de désengagement de l’état de tout ce qui concerne la vie de la Cité, justement. Ne pas attendre les consignes « d’en haut », ne pas vivre dans une mentalité d’assistés, prendre le destin du pays en main, chacun devant se considérer comme responsable, au même titre que les décideurs, de l’avenir du pays. Il s’agit d’accepter de s’engager dans une démarche « bottom-up » qui se substituerait à la démarche actuelle de gouvernance « up-down ». Dans notre vision, le citoyen, qui qu’il soit, où qu’il soit, peut devenir un donneur d’ordre implicite par le biais de ses actions. Un exemple simplissime : quand je retrousse mes manches et que je vais ramasser les ordures des autres quelque part, la municipalité est obligée de venir ramasser les ordures collectées. Et elle le fait toujours, à chaque fois que moi, en tant que citoyen, je nettoie. Ne suis-je pas devenue par la simple action un donneur d’ordre ? Sans fracas, sans écrits, sans demande, sans agressivité, sans conflit. Avec le sourire. Toutes nos actions portent, sur la lutte contre les négligences, le laxisme, l’incivilité et l’insalubrité.

Est-ce que c’est difficile de mobiliser les gens?

Pas vraiment. Les citoyens peuvent être répartis en 3 types : les convaincus de leur responsabilité individuelle et qui bougent déjà depuis longtemps, même seuls, ceux là sont peux nombreux ; les irréductibles que la vie de la Cité n’intéresse pas et n’intéressera jamais de toutes façons qui sont aussi peu nombreux ; et puis il y a la majorité écrasante qui vit mal ce qui arrive au pays mais qui ne sait pas quoi faire et comment faire pour y remédier et qui donc ne fait rien mais n’en pense pas moins. Notre mobilisation permanente aide ceux-là à devenir des citoyens agissants et impliqués.

Est-ce qu’il y a des thèmes plus difficiles à faire passer?

 Aucun thème n’est plus difficile à passer que celui des ordures, ce n’est ni glamour ni valorisant de ramasser les ordures des autres et pourtant, ce thème qui écorne quelque part l’image de chacun est bien passé. Par contre et pour les mêmes raisons, il y a un peu de mal à y faire adhérer « l’élite » intellectuelle, politique et artistique, qui a un fort impact médiatique mais ils y viendront et commencent déjà à en parler, timidement, à mots couverts, comme si c’était honteux. Mais il y a plus honteux que de ramasser des ordures ou d’en parler : c’est vivre dedans et fermer les yeux ! Les diplômes et le CV, si prestigieux soient-ils ne mettent personne au dessus du lot quand il s’agit d’être citoyen responsable. Il n’y a absolument aucun rapport dans ma tête, entre mon statut professionnel, social et personnel et mon statut de citoyenne. Le statut de citoyen nous est offert par le simple fait de naitre dans un pays donné et la seule différence acceptable entre les citoyens est celle de leur contribution ou non au progrès dans leur pays. Le reste est de l’ordre du champ de compétence de chacun dan son domaine. Tout un chacun EST citoyen, quelles que soient son CV et ses diplômes. S’il y a une chose pour laquelle nos statuts socio-professionnels peuvent aider dans la rééducation citoyenne c’est juste pour donner l’exemple, pour montrer que nul n’est au dessus de la citoyenneté. Et que contribuer à rendre le pays plus digne, même si cela passe par ramasser les ordures, ne nous diminue en rien, au contraire. Plus prosaïquement, il n’y a pas de sentiment plus jubilatoire que celui d’être dans l’action bénévole, généreuse de nettoyer l’espace commun. Il se crée à chaque action, spontanément une ambiance de fête, qui est bénéfique pour le moral, comme l’est toute joie et toute fête. Dans la morosité ambiante, cet apport festif n’est pas à négliger !

La campagne qui s’annonce difficile pour nous, est celle que nous lançons actuellement sur l’application des lois et le respect des lois et qui s’est imposée à nous d’elle même. Les constats faits sur terrain et les publications du groupe dénonçant incivilité et laxisme, aussi bien des citoyens que des institutions, pointent tous vers un facteur indispensable de correction de la situation dans le pays. Ce facteur est le respect des lois par tous et l’application des lois sur tous. Or, si nous en sommes dans cette situation de dégradation de tout, c’est parce que les dépassements ne sont pas sanctionnés. Il devient urgent d’appliquer la loi. Aucune action citoyenne ne peut aboutir si elle est détruite par des contrevenants qu’on ne sanctionne pas. Les autorités n‘ont pas le choix, elles seront amenées à adhérer à cette démarche non parce que c’est nous qui l’exigeons avec force, mais parce que cette initiative qui nous paraît évidente, finira grâce à notre persévérance par s’imposer à tous comme une solution simple et incontournable. L’état n’est pas une nébuleuse située quelque part dans la galaxie, il est fait d’hommes et femmes comme vous et moi, de citoyens au même titre que vous et moi, capables de se remettre en question et capables d’analyse. Ils et elles viendront un jour ou l’autre à cette évidence. C’est cela aussi le rôle d’éclaireur que nous nous donnons. Nous ne voulons pas nous substituer à quelque institution que ce soit, mais nous pouvons montrer le chemin.

Ne vous vous sentez jamais découragée?

Je ne me décourage jamais. Et comment le pourrais-je ? J’ai commencé seule, suivie par une poignée d’amis, sans argent, sans sponsor, sans publicité et aujourd’hui nous sommes 18 000 et nous avons à notre actif 18 actions citoyennes en 12 mois. En un an, les administrateurs et les membres du Groupe pour la Nouvelle Culture Citoyenne en Tunisie « On a été embêté pour vous » ont mené et concrétisé 18 actions citoyennes : 10 éditions de l’action mensuelle « Je nettoie ma rue et je la maintiens propre », chaque dernier dimanche de chaque mois depuis août 2015, l’action « Dénonçons les écoles à environnement sale et nettoyons-les » en octobre 2015, l’action «Un arbre, un citoyen » le 8 Novembre 2015, l’action « Je nettoie mon patrimoine architectural et archéologique et je le maintiens propre » en avril 2016, 2 éditions de l’action « Je nettoie ma plage et je la maintiens propre » en mai et juillet 2016, l’action « Dénonçons les facultés sales » avec création d’un court-métrage totalement réalisé et produit par des membres du groupe en juin 2016 et l’action « Arrêtons de piétiner notre patrimoine » pour remédier au piétinement des mosaïques millénaires par les milliers de visiteurs, avec don de chaussons jetables (consommation de 2 ans soit 400 000 chaussons offerts par les membres du groupe OAEEPV) au Musée National du Bardo le 28 juin 2016. Le tout réalisé quasi sans argent, grâce aux dépenses des membres participant aux actions chacun achetant de sa poche ce qui était nécessaire à sa contribution à l’action. La seule action qui a nécessité de grands moyens est celle du Bardo, un citoyen membre du groupe ayant offert de sa poche le payement de la consommation de chaussons pour un an. Le donateur pour l’année suivante est aussi un membre du groupe OAEEPV. Le groupe OAEEPV par le biais de ses administrateurs est aussi partie prenante essentielle, avec le groupe citoyen « Essa ras el mel » (La santé est capitale), de la campagne grand public de sensibilisation à l’AVC « Fissa Jalta » réalisée en février 2016 et offerte gratuitement au ministère de la Santé Publique et aux médias par les citoyens. Nous sommes très fiers de cette campagne, la première dans ce genre dans le monde arabe et en Afrique!

Qui pourrait se décourager dans des conditions pareilles ? Le groupe OAEEPV contribue déjà à opérer un changement ! Le bilan exhaustif des objectifs atteints serait trop long à détailler et sera publié prochainement sur notre blog « Le Journal d’un Groupe Citoyen Tunisien » à l’occasion du premier anniversaire de la création du groupe. Nous avons pu créer une dynamique de citoyenneté active un peu partout, nous avons rendu banal et gratifiant l’acte de nettoyer l’espace public par les citoyens, nous obtenons beaucoup de résultats positifs dans les réclamations faites à travers le groupe auprès des institutions publiques et privées, nous travaillons maintenant souvent en partenariat groupe citoyen-institutions dans nos actions. Nous avançons. Aucun autre choix n’est envisageable.

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Liens utiles

– chaine du Groupe LIVE STREAM OAEEPV https://www.facebook.com/OAEEPV/

– page Fb du groupe AEEPV https://www.facebook.com/groups/1159574887392152/

– magazine Web du groupe OAEEPV : « Le Journal d’un Groupe Citoyen Tunisien » ou « Blog des Embêtés », qui publie régulièrement des articles en 3 langues Français, arabe et anglais sur la vision et la philosophie du groupe http://www.nouvelle-culture-citoyenne.org/

– lettre ouverte à tous les tunisiens, http://www.nouvelle-culture-citoyenne.org/2016/06/lettre-ouverte-a-tous-citoyens-et-responsables-en-tunisie.html) pour la campagne #appliquezlaloi #respectezlaloi.

 

 

 

TOUT EST BON DANS…LA BANANE

L’Ouganda est, comme d’autres pays d’Afrique, menacé par la déforestation due à l’utilisation du bois et/ou du charbon de bois pour la cuisson des aliments. Le charbon cause partout dans le monde des dommages environnementaux importants: tous les 3 secondes disparaissent l’équivalent de 36 terrains de foot de forêts dans le monde, la pollution de l’air cause 7 millions de morts par an (source: OMS)…

En Ouganda une famille pauvre utilise presque la moitié de leurs revenues (0,8 $) pour acheter du combustible. Le charbon de bois, produit d’une façon peu efficace où presque 80% de l’énergie sont perdus, chauffe des petits poêles qui à leur tour sont très gourmands en combustible pour un résultat moins que médiocre. Ce charbon de bois est en plus cher et contribue ainsi à enfermer les personnes pauvres dans leur dénuement en les privant d’investir dans l’éducation de leurs enfants ou des soins médicaux.

Face à ce constat deux Français, Vincent Kienzler et Alexandre Laure, on relevé le défi. Installé à Kampala, la capitale de l’Ouganda, ils ont fondé leur entreprise « Green Bio Energy » pour produire un combustible renouvelable, bon marché et moins nocif. Le résultat de leurs recherches s’appelle « Briketi ». Pour cela on collecte des peaux de bananes – un des ingrédients principaux de la cuisine ougandaise – et d’autres déchets organiques directement chez les habitants. Les peaux sont ensuite débarrassées de résidus (feuilles…) et étalées pour sécher au soleil. Dans un bidon on les réduit ensuite en cendres et une fois refroidies les mélange avec un peu de farine de manioc diluée. Avec la pâte ainsi obtenue une machine très simple moule des briquettes.

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La matière première, des déchets organiques, est simple à se procurer, le temps de consommation des briquettes est deux fois plus long que celui du charbon de bois traditionnel et – cerise sur le gâteau! – ces « briqueti » ne dégage ni fumé ni suie… Résultat: la pression sur les forêts diminue, la santé des utilisateurs est préservée et les dépenses pour le combustible baissent.

L’entreprise a aussi développé des poêles très simples mais plus efficaces se basant sur des techniques occidentaux et le savoir-faire local et les machines pour mouler les briques peuvent être adaptées aux besoins individuels, c’est à dire une famille (ou une épicerie, un commerce quelconque) peut produire sur place. Des stages ont été mis en place pour sensibiliser les gens aux questions environnementales tout comme des formations plus poussées comme le management d’une micro-entreprise, les bases de comptabilité et de marketing etc.

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AU FOND DE TON VIEUX PORT S’ENTASSENT LES CARCASSES DES BATEAUX DÉJÀ MORTS…

 (Loguivy de la mer, chant marin)

Démanteler autrefois un bateau permettait de récupérer un bois de haute qualité qui pouvait être employé pour construire un nouveau bateau ou pour des constructions à terre, voire du mobilier. D’ailleurs la légende qui veut que les maisons marseillaises à trois fenêtres ont leur origine dans le réemploi des mâts de bateaux n’a aucun fondement scientifique.

La démolition des navires d’aujourd’hui avec leurs coques en acier et bourrés de matières dangereuses (par exemple amiante) est plus difficile et surtout plus coûteuse. Considérés comme des « déchets toxiques » leur démantèlement est, en principe, soumis à des règles strictes surtout en ce qui concerne la sécurité des ouvriers qui y travaillent. La convention de Hong Kong, adoptée en mai 2009 par l’Organisation maritime internationale, encadre en théorie le démantèlement des navires en fin de vie. Elle n’est pourtant toujours pas entrée en vigueur, faute des 15 ratifications nécessaires. Trois pays seulement sont passés à l’acte en mars 2016: la France, la Norvège et le Congo.

En pratique on échoue un navire en fin de vie en le projetant à pleine vitesse à marée haute sur une plage en faible pente et sans rochers qui peuvent gêner les manœuvres et où il est immobilisé à marée basse. Aucun contrôle sur le rejets polluants s’effectue… ils sont dépecés selon la montée des marées dans et hors de l’eau. Il va de soi que ni la sécurité des ouvriers ni la récupération des déchets toxiques soient ainsi garantis.

Plus de 50.000 navires marchands sillonnent aujourd’hui les océans et la démolition est devenu un business florissant et cela surtout dans des pays comme le Bangladesh, le Pakistan ou l’Inde. Selon l’association Robin des Bois qui surveille de près ce commerce, il n’y a qu’une minorité des navires qui sont démolis sur des chantiers en Europe. Les prix des pays asiatiques avec une main d’œuvre largement exploitée sont imbattables. Même les armateurs chinois envoient leur rafiots au Bangladesh. Les conditions de travail des ouvriers, parfois très jeunes, sont extrêmement dangereuses. Ils risquent leur vie et leur santé dans des chantiers où les normes de sécurité, pour peu qu’elles existent, sont très insuffisantes. C’est dans certains pays un véritable drame humain, se nourrissant de la misère des populations locales.

Goggles and scarf shield this worker from the choking dust and smoke of the ship breaking yard.  Old ships are brought from all over the world to be cut up for scrap metal.  National Geographic:  John McCarry (March 1995)  Bombay: India's Capital of Hope, National Geographic. (vol.187 (3)) pp.  42-67

From the tangle of deconstruction in the shipbreaking yard of Bombay, a young welder stepped forward in 1994 to engage the camera. His eyes, redoubled by the goggles on his forehead, draws our gaze away from the ship’s empty hold and we wonder about this young man, whose face we cannot read fully, whose head is protected only by the cloth that covers his mouth. The promise of our gaze meeting, through a photograph, the look of another across time and vastly different spaces is one of the signature strengths of McCurry’s art.
Bannon, Anthony. (2005). Steve McCurry. New York: Phaidon Press Inc., 27.
Jeune soudeur, Mumbai, Inde, 1994

Les Européens portent ainsi une lourde responsabilité dans la dégradation du littoral des pays-hôtes et la misère des ouvriers. Propriétaires de 40% de la flotte marchande mondiale ils ne se soucient pas beaucoup du recyclage: 74% des navires allemands et 87% des navires grecs ont ainsi été jetés sur les côtes asiatiques en 2015. Bon élève est par contre la Norvège qui a démantelé 13 de ses 17 bateaux en fin de vie dans des installations respectueuses de l’environnement et des normes sécuritaires!

Les conséquences de cette politique du bas prix sont catastrophiques pour les gens qui travaillent sur les chantiers ou vivent à proximité: au Bangladesh la concentration dans l’air d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) s’avère cancérigène sur 18 sites sur 23. Et en Inde, des taux très élevés de métaux lourds et d’hydrocarbures ont été relevés dans l’eau et les sédiments, ainsi qu’une forte concentration de microplastiques  (plus de 80 milligrammes par kilogramme de sédiments). Selon l’union mondiale IndustriAll, l’industrie indienne de démantèlement a connu 470 décès dans les chantiers entre 1983 et 2013.

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Si l’Inde et le Bangladesh se partagent la première place en alternance, la Chine – qui a en vain voulu les concurrencer – ne démolit que des navires chinois et nord-coréens. Le Pakistan est installé sur le créneau des gros tankers ou vraquiers et la Turquie sur celui des ferries et cargos exploités en Méditerranée et des navires de la Royal Navy.

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En Turquie le plus important site de démolition navale se trouve à Aliaga près d’Izmir. L’acier récupéré représente une partie importante des provisions de ce métal pour le pays. Jusqu’en juillet 2011  660.000 tonnes de métal ont été obtenues suite à 275 démolitions navales et ce n’est que récemment que les autorités ont commencé à se soucier aussi des problématiques liées à l’environnement et à la santé des ouvriers.

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Brasil Star 2 à Aliaga, avril 2012

Certains se souviennent dans ce contexte peut être encore de l’errance du « Clemenceau », porte-avion et fleuron de la marine française. Construit en 1955 à Brest, son heure a sonné en 1997 mais ce n’était qu’en 2005 que son démantèlement final fut décidé. Le 31 décembre 2005 le Clemenceau a donc quitté Toulon pour faire route vers Alang en Inde et cela malgré les protestations qui reprochaient le manque d’équipements adéquates pour les déchets toxiques et les conditions de travail sur ce site. En janvier 2006 la Court Suprême Indienne a défendu au navire l’accès à Alang. Abordé par des activistes, retenu par les autorités égyptiennes mais finalement autorisé à traverser le canal de Suez, le Clemenceau a dû enfin regagner les eaux nationales sur décision du Conseil d’État. Le longue périple du porte-avion a trouvé sa fin dans un chantier naval anglais près de Hartlepool où son démantèlement a commencé en novembre 2009 et fut terminé fin 2010.

MAROC SANS MIKA

A quelques mois de l’organisation de la COP 22 au Maroc, une loi entre en vigueur pour interdire définitivement l’utilisation de sacs en plastique, les fameux « mika » dont le pays est un de plus grands utilisateurs.

La loi n°77-15 interdisant la fabrication, l’importation, l’exportation, la commercialisation et l’utilisation des sacs en plastique, adoptée en novembre dernier par les deux chambres, entrera en vigueur le 1er juillet 2016. Certains sacs en plastique, comme les sacs de récolte d’ordures ou ceux à usage agricole et industriel continueront de circuler.

Du 24 au 26 juin une grande campagne de ramassage de sacs aura lieu dans le pays entier. « Zéro Mika », lancé par la Coalition marocaine pour la justice climatique vise à sensibiliser la population sur les risques pour l’environnement et donc pour la santé par cette pollution.

En l’absence d’une politique de recyclage efficace, une grande partie de ces sacs se retrouve dans la nature, polluant les sols et s’infiltrant dans les nappes phréatiques au fur et à mesure de leur décomposition », indique la Coalition dans un communiqué. « Outre les conséquences visibles sur l’environnement, les sacs plastiques représentent un danger réel pour la santé humaine à plus d’un titre. Ils comportent en effet un risque chimique, notamment à cause des substances nocives qu’ils contiennent », ajoute-t-elle.

Sur Twitter, Facebook et ailleurs on trouve alors des photos et messages louant cabas et couffins qui ont autrefois très bien remplis la fonction des maudits sacs en plastique. Même le Président du Conseil national des Droits de l’Homme, Driss El-Yazami, prend la pose sur son profil Twitter en brandissant son couffin sous le hashtag #ZeroMika.

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Très actif pour le remplacement des sacs en plastique est une fois de plus l’association des Surfrider Maroc, toujours engagée pour l’environnement et sa préservation.

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Espérons que la France se montre aussi engagée pour supprimer ce fléau!

PIÈGE MORTEL

Il y a un peu moins qu’un an que Sea Shepherd France a lancé son opération « Mare Nostrum » sur la côte marseillaise. Lors d’une première plongée effectuée par des volontaires un premier filet de pêche abandonné – un filet fantôme – de 40 m a été récupéré, puis un deuxième de 300m. Pendant le seul mois de juillet et uniquement dans les eaux marseillaises plus de 1000 m de filets fantômes ont ainsi pu être retirés.

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Déjà en 2009 un rapport des Nations Unies a tiré la sonnette d’alarme en affirmant que les équipements abandonnés dans les océans représentent 10% (soit 640 000 tonnes) des déchets marins. Il est vrai que la plus grande partie des équipements de pêche ne sont pas abandonnés volontairement, mais  perdus lors des tempêtes ou des forts courants ou sont le résultat de « conflits », en ce sens que les équipements et les filets s’emmêlent parfois.

Mais peu importe le pourquoi les filets fantômes se trouvent dans les océans, les conséquences sont désastreuses:

  • la capture continuelle (pêche fantôme) des poissons ou d’autres animaux comme les tortues, les oiseaux de mer, les mammifères marins qui sont piégés et meurent;
  • les altérations du sol sous-marin;
  • les dangers à la navigation: ils peuvent causer des accidents en mer et endommager les bateaux.

Dans le passé, on a surtout pointé du doigt les filets dérivants, mais leur interdiction en 1992 n’a pas améliorer la situation. Aujourd’hui c’est surtout les filets maillants qui provoquent des dégâts.

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L’extrémité de ces filets est ancrée dans la mer alors que les bouchons sont attachés au sommet. Ainsi, ils forment un mur vertical sous la mer qui peut être de 600 à 10 000 mètres. Si un filet maillant est abandonné ou perdu, il peut continuer à pêcher tout seul pendant des mois – parfois, pendant des années – et tuer sans distinction poissons et autres animaux.

A côté de ces filets, les pièges et les nasses sont aussi un danger permanent. Dans la baie de Chesapeake aux Etats-Unis, environ 150 000 pièges à crabes sont perdus chaque année et environ 500 000 sont déployés. Dans l’île des Caraïbes, en Guadeloupe, les 20 000 pièges posés chaque année se perdent lors de la saison des ouragans. Comme les filets à mailles, les pièges peuvent continuer à pêcher tout seuls pendant de longues périodes.

Le rapport de la FAO suggère plusieurs pistes pour améliorer la situation qui menace une faune marine déjà ms en danger par la surpêche, la pollution et le réchauffement climatique:

  • une prime pour encourager les pêcheurs de récupérer leurs propres équipements perdus ou des filets trouvés accidentellement
  • un estampillage des équipements pour mieux comprendre les causes de la perte et mettre en place des mesures préventives
  • l’utilisation de nouvelles technologies (par exemple GPS) pour retrouver les équipements, souvent couteux et ne pas perdus volontairement, ou des matériaux biodégradables
  • une amélioration de la collecte et du recyclage dans les ports
  • l’obligation de consigner tout équipement perdu
  • des campagnes de sensibilisation des pêcheurs et marins à la problématique

« Les solutions à ce problème existent et notre espoir est que ce rapport incite les industries et le gouvernement à prendre des actions visant à réduire de manière significative la quantité d’équipements perdus ou abandonnés dans l’environnement marin », indique M. Nomura, un des responsables de ce rapport.

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ÇA NE SENT PAS LE JASMIN

On se rappelle encore que la révolution tunisienne qui a déclenché le « Printemps arabe » – malheureusement devenu un hiver impitoyable dans d’autres pays – fut nommée « la révolution du jasmin ». Depuis la Tunisie est le seul pays qui a vu un gouvernement démocratique émerger et peut, grâce à une classe moyenne instruite et engagée, espérer à juguler les multiples dangers qui guettent encore ce renouveau.

Un de grands problèmes auquel le gouvernement doit s’atteler d’urgence est l’environnement. Une désorganisation des services administratifs après la chute de Ben Ali a eu des conséquences qui ont fortement impacté la qualité de vie des Tunisiens. Habib Essid, le Premier ministre en personne, en a convenu devant le parlement.

L’environnement est la première victime de la révolution», affirme le militant écologiste Abdelmajid Dabbar. Ainsi, dans les municipalités, le ramassage des déchets ne se fait plus de façon efficiente. De simples «délégations spéciales» ont été constituées après la révolution pour gérer les affaires courantes.

Et là où l’administration ne propose pas de solutions et n’en s’occupe que peu, un triste laisser-aller s’est généralisé. Des détritus jonchent les rues, les sacs plastiques – ce fléau du monde entier – défigurent les paysages, le recyclage n’est qu’un vœu pieux. Chaque année les 11 millions de Tunisiens produisent plus de 2 millions de tonnes de déchets. Environ 80% des déchets ménagers sont enfouis dans une quinzaine de sites qui sont arrivés à la limite de leurs capacités tandis que le reste se décompose (ou pas) dans des « décharges anarchiques » comme l’affirme le ministère de l’Environnement.

Si les administrations portent une part de responsabilité, «le citoyen est le premier responsable de la détérioration de la situation environnementale», accuse Abdelmajid Dabbar, cité par l’AFP.

Au début de l’année la photo d’une pelouse dans un parc « noyée » sous des sacs en plastique a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Près d’un milliard (!) de sacs en plastique – non recyclables – sont utilisés chaque année en Tunisie. Depuis le Parlement a passé une loi qui sanctionne le dépôt anarchique de déchets (de peines peuvent aller jusqu’à l’équivalent de 400 euros et même à des peines de prison de 3 mois!) et travaille sur une autre loi pour interdire la fabrication et la distribution des sacs plastiques non recyclables. Malgré ces décisions qui vont dans la bonne direction, les écologistes restent sceptiques. Face à d’autres problèmes considérés comme plus urgent – les attaques djihadistes et la lutte contre le terrorisme – l’environnement passe au second plan.

Et même si les nouvelles directives sont appliquées, il est tout aussi nécessaire de sensibiliser la population à ces sujets. Sur Facebook des groupes de citoyens engagés s’activent inlassablement pour changer les mentalités et convaincre les gens à participer à une meilleure gestion des déchets. Il y a par exemple le groupe « On a été embêté pour vous » :

Le groupe pour La Nouvelle Culture Citoyenne en Tunisie  » On a été embêté pour vous بدّل السّلوك تتبدّل العقلية  » est un un groupe sur réseaux sociaux, patriote, agissant pour changer les choses dans ce pays.

Le groupe en est à 10 éditions de l’action citoyenne mensuelle « Je nettoie ma rue et je la maintiens propre » au niveau national, et d’autres actions telles que  » Un arbre, un citoyen  » et  » Dénonçons les écoles à environnement sale « . Il a récemment produit sa première vidéo citoyenne de dénonciation des facultés sales et organisé deux actions spécifiques: « Je nettoie mon patrimoine  » et  » Je nettoie ma plage ». Un Challenge des Municipalités est en cours d’organisation et beaucoup d’autres actions suivront.

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Autre groupe FB qui ne cesse de (se) mobiliser s’appelle « Pour l’interdiction des sacs plastiques en Tunisie » et se décrit ainsi:

Ce groupe est dédié à l’écologie, tout particulièrement en Tunisie, et par le monde.
Il soulève les problèmes environnementaux, et propose des actions à mener.
Ce groupe ne représente aucun parti politique et est indépendant.
Sa 1ère action est ; l’interdiction des sacs plastiques sur tout le territoire Tunisien, d’autres suivront.
 La question des déchets et plus généralement de l’environnement a partout dans le monde besoin de deux axes d’untervention pour arriver à des solutions: une politique à long terme conscient des enjeux qui dépassent les périodes électorales tout comme des clivages gauche/droite et l’implication active de chaque citoyen responsable de ses pratiques et se sentant concerné directement.
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